lundi 27 juillet 2015

Islamophobie, sexisme, homophobie : l'émotion à géométrie variable

émotions
Ce week-end, j'étais en orbite en partance pour Pluton. Je suis donc passée à côté de pas mal d'infos super essentielles comme le chassé-croisé des aoûtiens et des juillettistes, l'incendie en Gironde, la privatisation d'une plage de Vallauris par un prince saoudien... Mais aussi l'agression d'une jeune femme à Reims qui bronzait en maillot de bain dans un parc et qui a été rouée de coups par d'autres jeunes femmes.

L'info m'est parvenue via Facebook quand j'ai vu qu'SOS Racisme m'invitait à participer à l'évènement #jeportemonmaillotauParcLéo: 
"Rendez-vous demain, dimanche 26 juillet à 12h00 en maillot de bain au Parc Léo Lagrange ! Pour dire OUI à la liberté et NON à la Morale de l'oppression!"
Immédiatement, je me rencarde sur la chose et je découvre, Ô stupeur, que les réseaux sociaux ne parlent que de ça : une agression perpétrée par un groupe de musulmanes radicales investies d'une mission de police des mœurs visant à défendre les valeurs de l'islam. Parce qu'en maillot de bain, la jeune victime se serait vue rappeler à l'ordre (vestimentaire) par la violence. Je constate dans la foulée que nos politiques adeptes de la petite phrase sur Twitter s'engouffrent dans la brèche : Philippot, Ciotti, Morano... Tous-tes tweetent à qui mieux-mieux sur "notre" mode de vie, non à la police des mœurs islamiste... etc.


Nos grands médias font de même et ne parlent que de ça.

Évidemment, dans un premier temps, je me dis qu'ils n'ont pas tort sur le fond.

Et puis... Soudain... Quelques heures plus tard, je découvre, Ô stupéfaction, que le mobile religieux n'existe pas, qu'il s'agirait en fait d'une agression, certes condamnable avec la plus grande fermeté, mais sans raison valable sinon celle d'une apparente jalousie doublée d'un manque de respect. Les mots appelant les gestes, ce sordide fait divers s'est mué en agression physique.

Du coup, on se retrouve davantage face à une problématique d'ordre culturel, voire sociétal, que religieux. Cette femme dérangeait uniquement parce qu'elle était en maillot de bain et non parce qu'elle incarnait une déviance des mœurs islamistes. 


Il eut été de bon ton que nos politiques et nos médias s'en émeuvent tout aussi vigoureusement. Comme le résume assez bien Madmoizelle:
"C’est génial de vous voir tous aussi mobilisés pour la défense des droits des femmes, vraiment ! Ah non, pardon, vous c’est plutôt "la lutte contre l’islamisation de la société". Celles et ceux qui montent au créneau "contre le voile" et contre "les jupes trop longues", on ne vous entend pas trop gueuler pour la liberté de porter "des jupes trop courtes".
Finalement le soufflé retombe comme un flan puisqu'il s'agit "juste" d'une agression pour port de maillot bain jugé inapproprié. Circulez, y'a rien à voir, place au fait divers suivant.

Et ça tombe bien (si je puis dire) puisque j'apprends ce matin que Julien Pontes, le président du Paris Foot Gay (PFG), a été victime samedi soir d’une « agression homophobe alors qu’il rentrait chez lui avec son mari » (cf.: Le Parisien).


J'attends encore les réactions indignées de Nadine Morano, Eric Ciotti et Florian Philippot, pour ne citer qu'eux... Mais je crois que je vais attendre longtemps.

Il semblerait que dans notre bon pays, il vaille mieux s'indigner à tort contre une agression à caractère soit-disant religieux extrémiste que sexiste ou homophobe. L'islamophobie a donc de beaux jours devant elle.

Du coup, je profite de ce billet pour souhaiter un prompt rétablissement à la jeune Reimoise ainsi qu'à Julien Pontes.

Next! (hélas...)

mardi 21 juillet 2015

Nicolas Dupont-Aignan, mon héros punk

Dupont-Aignan régionales
Heureusement que le ridicule ne tue pas. Parce que si c'était le cas, alors j'en déduirais que Nicolas Dupont-Aignan est un chat.
Ce qui n'est pas le cas, tout le monde sait ça.
Et l'avantage de persévérer dans le ridicule, c'est qu'on peut en rire.
Et force est de constater que depuis quelques semaines, le petit Nicolas met du cœur à l'ouvrage. Reconnaissons-lui au moins ce mérite.

[Update]
Juillet 2015
Nicolas Dupont-Aignan, déjà Maire, Député, Président le la Communauté d'Agglomération  du Val d'Yerres et Président de Parti, est désormais candidat aux élections régionales. Ne reculant devant aucun coup de com' foireux, il enverra un ULM sillonner la côte atlantique et polluer le ciel bleu des vacanciers pour les exhorter à voter Debout la France en décembre prochain. Mais l'histoire ne dit pas si le pilote de l'ULM sera le même que celui auquel il avait fait appel en 2014 pour les Européennes, à savoir David Van Hemelryck, celui-là même qui a soutenu la Manif Pour Tous, le Printemps Français, les Bonnets Rouges, et qui faisait partie des abrutis qui ont sifflé François Hollande le 11 novembre 2013. Affaire à suivre donc. Toujours est-il que pour décoller de 7 à 8% d'intentions de vote, tous les moyens sont bons apparement.
Juin 2015 
Nicolas Dupont-Aignan envahit littéralement le RER D avec une horde de journalistes pour dénoncer les conditions de transports déplorables des Franciliens. Louable intention. Sauf que... Ce jour-là, le RER est loin d'être engorgé, il y a pléthore de places assises et le seul responsable à l'instant T des mauvaises conditions de transport, et bien c'est lui. Lui qui a convoqué toute la presse et tous les médias, lui qui se trimballe avec son staff de campagne et qui empêche les voyageurs de se mouvoir dans la rame. Bien joué Nico. Et pour couronner le tout, lui l'usager quotidien du RER, lui qui a l'habitude de faire la navette Yerres-Assemblée nationale en train, lui l'expert en Passe Navigo, il se plante de côté pour sortir du RER. Et comme il n'en est pas à une ânerie près, il clôt cet épique épisode en se comparant à Barack Obama. 
Tranquille.
Mai 2015
Nicolas Dupont-Aignan investit le péage de Saint-Arnoult pour manifester contre le "racket autoroutier" (pour le maire d'une ville parmi les plus imposées de France, on appréciera l'allusion au racket, mais passons...). 
"Venez, venez, gentils automobilistes, aujourd'hui, c'est gratuit! Debout la France est là pour vous sauver. Nicolas Dupont-Aignan, en surhomme qu'il est, va soulever à la force de ses petits bras, les vilaines barrières du péage."
Sauf que... Pas d'bol, notre cher édile s'est placé du côté des entrées, donc du côté des tickets, donc du mauvais côté puisque ce n'est pas à l'entrée qu'on paie mais à la sortie. En revanche, j'imagine assez bien la tronche des gens qui sont passés sans ticket et qui ont du payer plein pot à la sortie...

Et pour mémoire, parce qu'on ne s'en lasse pas, la précédente compil est ici.

Je trépigne d'impatience pour voir la suite.

lundi 22 juin 2015

Dessine-moi un Conseil Départemental de droite...

Presque de 3 mois après l'investiture de la nouvelle majorité de droite en Essonne, le détricotage du bouclier social commence. Doucement mais sûrement.

Ça pourrait passer pour un cliché dit comme ça, et pourtant. La ritournelle des envolées lyriques sarkozystes qui ont fait les tristes heures de piètre gloire de notre ex-Président résonnent dans les travées de l'Assemblée Départementale.

A peine installé aux manettes, notre nouveau Président du Conseil Départemental s'attaque aux plus fragiles, aux plus modestes. C'est Laurent Wauquiez qui va être content, François Durovray a revêtu sa blouse blanche de chirurgien et entend enrayer le fantasmatique "cancer de l'assistanat".

Fidèle aux valeurs moisies de la droite - cette droite fraîchement rebaptisée "Les Républicains" - la première mesure adoptée ce jour : le contrôle et la traque des allocataires du RSA.
Tellement facile.

6500 d'entre eux recevront sous peu un courrier les enjoignant à (re)prendre contact avec les services d’insertion professionnelle du département. Cela représente un tiers des "bénéficiaires", si tant est que percevoir le RSA soit un bénéfice.

Comme le résume très bien Jérôme Guedj :
"Ce marqueur très à droite de la politique de Durovray me sidère. Alors que l’aide sociale est au cœur des compétences du département, il commence son mandat par un dangereux amalgame. Pour lui, le RSA équivaut à de la fraude. Un bénéficiaire qui ne va pas dans une MDS serait un arnaqueur". (source)
Les allocataires du RSA devront donc se rendre sous un délai d'un mois dans une de nos Maisons des Solidarités (MDS) du Département, déjà engorgées, et dont les agents sont déjà débordés, sous peine de suspension progressive, voire de radiation définitive du RSA.
Tout comme un chômeur qui n'est pas en contact régulier avec Pôle Emploi, un allocataire du RSA, qui ne ferait pas le pied de grue devant les structures départementales de retour à l'emploi, serait un tire-au-flanc, un fraudeur en puissance.

Ce raisonnement est à pleurer tellement il est empreint de clichés et de raccourcis faciles.

Je ne suis pas en train de dire que cette fraude-là n'existe pas et qu'il ne faut pas la combattre dans le cadre d'un vaste plan de lutte contre toutes les fraudes. Néanmoins, j'ai quelques doutes sur les priorités de la droite revenue aux commandes en Essonne. Et elles ne sont pas sans me rappeler celle de Nicolas Sarkozy lorsqu'il était en campagne roue libre pendant sa campagne en 2012.

Par ailleurs, si la fraude existe, il serait de bon ton de se souvenir que la fraude au RSA ne représente que 60 millions € à l'échelle nationale, face aux 190 millions € pour les travailleurs non-déclarés par les entreprises et 2989 millions € pour la fraude fiscale. Donc, quand François Durovray estime qu'en Essonne, elle s'élèverait à 3,5 millions, soit 17 % du montant de la fraude nationale, m'est avis qu'il nage en plein délire a pris ses rêves pour des réalités.


Et comme si ça ne suffisait pas, en prétendant faire des économies, cette même droite essonnienne vient de décider de supprimer 175 000 € d'allocations familiales aux parents dont les enfants ont été confiés à l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance). Précariser encore davantage les familles les plus fragiles me laisse sans voix. Quel argument valable peut-il être avancé pour défendre une telle mesure? On parle de 175 000 € : un grain de sable dans un budget départemental.

J'attends maintenant les annonces de baisses des subventions aux associations, aux collèges à la culture... etc. Et la boucle sera bouclée.