jeudi 8 décembre 2016

50 nuances de gauche, verte, rouge, rose, molle, vrauche, social-démocrate, social-libérale...

Au commencement, il y avait François Hollande. Président sortant qui, à moins d’une tempête de sauterelles, n’avait aucune raison (si on met de côté sa cote de popularité proche du néant) de ne pas briguer un second mandat de Président de la République.

Il y avait aussi Jean-Luc Mélenchon qui a d’emblée rappelé que jamais Ô grand jamais il n’accepterait de participer à la primaire de la gauche si François Hollande y participait aussi. Sur le principe, il ne semblait pas hostile à une primaire de la gauche mais à condition de pouvoir en choisir les candidats.

En interne, il y avait Manuel Valls. Premier ministre ferme et autoritaire, clivant dans son propre camp et même au-delà, dont le bilan est aussi celui du Président et vice-versa, promoteur du 49.3 pour les lois Macron et El Kohmri, pourfendeur de la déchéance de nationalité, auteur de quelques phrases assassines qui crispent la gauche, accusé d’avoir poussé François Hollande jusque dans les cordes, puis vers la sortie. Lundi dernier, Manuel annonce qu’il est candidat à la primaire de la gauche « pour faire gagner tout ce qui nous rassemble ». Il a donc démissionné dans la foulée de son poste de Premier ministre. Normal. Et il a été remplacé par Bernard Cazeneuve qui, lui par exemple, aurait pu faire un bon candidat pour cette primaire.

Parallèlement, Marie-Noël Lienemann, Gérard Filoche, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, en lice pour cette fameuse primaire, passent le plus clair de leur temps à mettre des tartes à Manuel Valls et François Hollande plutôt qu’à taper sur la droite. En ce sens, ils ont un point commun avec Jean-Luc Mélenchon qui, lui, met des tartes au Gouvernement depuis 2012. Son adversaire, c’est la « gauche de Gouvernement ». OK. Pour Marie-No et Gégé, même combat. Pour Nono et Ben, ça cogne dur sur la « gauche de Gouvernement », mais seulement depuis qu’ils n’y sont plus (au Gouvernement, pas à gauche). Pas fous les types. Pour autant, ils sont eux aussi comptables d’au moins la moitié du bilan.

Au Nord, dans les Hauts-de-France, bien loin de la Terre du Milieu, on a Martine Aubry qui exhorte, à juste titre, la gauche de se rassembler, de faire front commun contre le Front national et le Front filloniste, parce que l’union fait la force. Ça mange pas de pain de le rappeler. Mais Martine n’est pas candidate. 

En périphérie de la Terre du Milieu, on a Jean-Luc Bennahmias, Président du Front démocrate, ancien secrétaire national des Verts et vice-président du MoDem, Pierre Larrouturou, fondateur de « Nouvelle Donne », François de Rugy, Président du parti « Ecologiste ! », Bastien Faudot voudrait bien y participer aussi au nom du MRC, Sidi Hamada-Hamidou, membre du Parti radical de gauche (Mayotte), Maxime Legrand, chef d'entreprise et conseiller municipal d'opposition à Poissy, Fabien Verdier, conseiller municipal de Châteaudun, conseiller régional, et Sylvia Pinel, qui a d’abord été investie par le PRG sans passer par la primaire et qui, depuis que FrançoisHollande a renoncé, a finalement annoncé hier qu’elle participait aux primaires.
Et – toujours depuis hier – on a appris que Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale, et eurodéputé, annoncerait sacandidature ce week-end.

Dans l’autre nébuleuse de gauche hors primaire, on a Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Yannick Jadot, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Et m’est avis que j’en oublie. M’est avis aussi que c’est hyper confus mais c’est pourtant bel et bien ce qui se passe à l’instant T.

Les sondages sur les intentions de vote à la primaire de la gauche sortent Manuel Valls vainqueur à 51%.
Et les sondages sur les intentions de vote à l’élection présidentielle sortent la gauche cumulée au 2nd tour des Présidentielles.

Sauf qu’on n’est pas cumulés.

On est dispersés, divisés, bordélisés.

Pour autant, parmi les membres de l’équipe de foot de la gauche, toutes et tous (sauf Jean-Luc Mélenchon, crédité de 14% d’intentions de vote au 1er tour), y compris Emmanuel Macron (crédité lui aussi de 14% d’intentions de vote au 1er tour) ont unanimement salué la lucidité de François Hollande, sa dignité et la clairvoyance de son message lorsqu’il a pris la parole en direct le 1er décembre 2016: 

Comme socialiste, parce que c’est l’engagement de toute ma vie, je ne peux accepter, je ne peux me résoudre même à la dispersion de la gauche, à son éclatement, parce qu’elle priverait de tout espoir de l’emporter face au conservatisme et pire encore, face à l’extrémisme.
[...] Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. 
Toutes et tous ont souligné l’urgente nécessité de se rassembler (sauf Jean-Luc Mélenchon).

Mais comme à gauche, on n’a pas le culte du chef, on aime bien bordéliser les choses.

A croire que c’est un véritable hobby.

jeudi 1 décembre 2016

Délit d'entrave à l'IVG: le pitoyable spectacle offert par la droite

...Je pose la question.
Aujourd'hui, les député-e-s ont débattu sur la proposition de loi relative à l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse, sur le web, afin de lutter contre les sites internet et pseudo blogs qui propulsent de la contre-information, des conneries sans nom, des fantasmes moyennâgeux, tout en étant noyautés de l'intérieur par des associations dites "pro-vie", anti IVG, catholiques intégristes, la Manif pour Tous, Sens commun, Civitas et autre joyeusetés réacs.
 
En ligne de mire, le site qui sort, un jour sur deux, en premier dans les résultats Google quand on tape "IVG" dans la barre de recherche.

Ce site n'est qu'une compilation de contre-vérités et de culpabilisation des femmes qui cherchent des renseignements sur l'IVG.

Affichant fièrement en page d'accueil un numéro vert pour "une écoute strictement gratuite et anonyme pour vous apporter un soutien sur votre IVG en toute discrétion, y compris auprès des mineurs", il profère toutes sortes d'inepties sur les conséquences d'un IVG sur les femmes, leurs corps, leur mental, leur compagnon et, tiens, pendant qu'on y est, sur l'Univers.
  • risque accentué de fertilité
  • risque majeur de frigidité
  • dérèglement hormonal
  • sautes d'humeur
  • solitude et renfermement sur soi-même
  • risques de troubles sexuels
  • perturbations endocriniennes
  • séparation du couple
  • perte des repères sexués
Et j'en passe. Je n'irai pas jusqu'à vous infliger les pires pathologies 100% féminines auxquelles s'exposent la femme qui souhaite avorter.

Bref, non seulement elle brûlera en enfer, mais en plus elle ne sera plus une femme, une vraie, au sens où l'entendent les plus réacs, et les conséquences de son acte auront des répercussions sur ses proches, sa famille, et la civilisation toute entière.

Et je n'exagère pas.

Pour preuve, le témoignage d'Aurore Bergé qui a piégé ce site en se faisant passer pour une femme souhaitant avorter. Et je suis fair-play, Aurore Bergé est de droite.

On peu aussi réécouter Guillaume Meurice qui a procédé de même sur France Inter.


Les débats à l'Assemblée étaient carrément affligeants. Les propos tenus par la droite qui invoque Simone Veil et Simone de Beauvoir alors que c'est grâce aux voix de gauche que la Loi Veil a été adoptée, sont une honte pour les partis, dits républicains, dont ils se revendiquent.

Tout y est passé. Tous les clichés les plus lamentables.

Mais:
  • Cette loi n'a pas vocation à entraver la liberté d'expression.
  • Cette loi a vocation à lutter contre la désinformation voire le mensonge.
  • Cette loi n'a pas vocation à faire taire celles et ceux qui sont contre.
  • Cette loi vise à empêcher que ces sites se fassent passer pour ce qu'ils ne sont pas. Ce ne sont pas des sites d'information. Ce sont des sites militants. Ce sont des sites d'opinion.
Et la nuance est de taille.
  • Personne à gauche n'a jamais dit que l'IVG était une partie de plaisir.
  • Non, on n'avorte pas comme on va au supermarché.
  • Non, les IVG de confort n'existent pas.
  • Non, l'IVG n'est pas un moyen de contraception.
  • Oui, on peut être contre l'IVG.
Mais non, la société n'a pas à être trustée par celles et ceux qui se répandent en contre-vérités.

Des contre-vérités qui étaient valables dans un autre temps, une autre époque: celle des cintres.

Il est 18h48 et la loi a été adoptée.

mercredi 30 novembre 2016

Mais que s'est-il donc dit à cette fameuse AG2017 ?

Hier soir, à la Bellevilloise, s'est tenu le premier rassemblement de l'AG.
AG de quoi? AG de qui? Qu'est-ce donc encore?
Assemblée de la Gauche? Oui, en partie.
"L’AG est le rassemblement de personnes issues d’horizons divers, se reconnaissant dans les valeurs de la Gauche, qui veulent prendre part au débat public et participer à en définir les enjeux et encourager la montée en puissance de la société."
En gros, pour faire court, on devait être 200 à 250 de tous horizons (politique, associatif, culturel, éducatif...etc.) pour débattre des enjeux à relever à 145 jours de l'élection présidentielle.
Et finalement, on était au moins 300.
Très rapidement, je me suis rendu compte que nous n'étions pas qu'entre militants, entre politiques, entre-soi, et que nous n'étions pas toutes et tous des bénis oui-oui du Gouvernement ou des hollandolâtres patentés.
Ça change.
On n'était pas non plus dans l'auto-congratulation, ni dans l'auto-satisfaction masturbatoire, contrairement à ce qu'on a pu lire ici ou là.
Cela dit, dès lors qu'on se réunit à "huis-clos" dans un lieu comme La Bellevilloise et qu'on annonce des participant-e-s tel-les que Julien Dray, Jean-Michel Ribes, Muriel Hurtis ou Patrick Pelloux, forcément, ça attise à la curiosité et ça fait dire n'importe quoi à celles et ceux qui ne sont pas venus, qui n'ont pas vu ni en entendu.

Et comme dirait l'autre, "haters gonna hate".

Donc, non, nous n'étions pas entre bobos, nous n'étions pas entre hollandais, nous n'étions pas non plus en meeting politique, et encore moins en comité de campagne.
Mais on ne va pas se mentir sur la marchandise, dès lors que l'AG se revendique des valeurs de gauche, force est de constater que les fillonistes, les juppéistes ou les frontistes étaient absents du débat hein.

Et comme j'y étais, je peux en parler. Histoire de mettre un terme aux fantasmes empreints de delirium tremens qui circulent sur les réseaux sociaux.

La soirée s'est déroulée en 3 temps: un premier temps avec les témoignages de celles et ceux qui ont rejoint l'AG, un deuxième temps plus politique, un troisième temps pratique présentant la suite des évènements et l'agenda des futures AG ici et ailleurs, près de chez toi.

Comme je suis super sympa, je vais te donner la liste des gus qui ont pris la parole pendant la soirée.
  • Rachid Benzine, islamologue et politologue
  • Jacky Bontems, syndicaliste
  • Nelly Gouandjia, militante des conseils citoyens
  • Eliott Nouailles, animateur du site "Nouveau Souffle"
  • Sakina M'sa, créatrice de mode et entrepreneure sociale
  • Jean-Michel Ribes, auteur, metteur en scène
  • Yacine Bellatar, humoriste
  • Nadège Azzaz, Conseillère régionale d'Ile-de-France
  • Julien Dray, Conseiller régional d'Ile-de-France
  • Jean-Philippe Derosier, Professeur de droit public
  • Stéphanie Scoupé, cadre de direction dans une entreprise publique
  • Alexandre Leroy, ancien président d'un syndicat étudiant
  • Sabrina Aïd, Juriste/consultante RSE (responsabilité sociétale des entreprises
Muriel Hurtis et Patrick Pelloux auraient du être également présents, mais ils avaient poney. A moins que la première n'ait loupé son train et que le second ait été souffrant. Mais finalement, ça ne nous regarde pas, comme dirait l'autre. 
Banlieues, identité, déchéance de nationalité, droit de vote des étrangers, lutte contre le terrorisme, engagement associatif, programme de François Fillon, présence française à l'international, culture, impôts, élection présidentielle... sont autant de sujets qui ont été abordés. Près de 30 personnes ont pris la parole pour susciter le débat avec la salle et les intervenants.
François Hollande s'est pris pas mal de scuds, assez justifiés il faut bien l'avouer. En vrac et dans le désordre:
  • La déchéance de nationalité était, je cite "une sombre connerie".
  • Il aurait du proposer le droit de vote des étrangers, même si la majorité des 3/5e n'était pas acquise. Au moins, on aurait pu taper sur la droite qui l'aurait refusé et ainsi éviter de lui taper dessus parce qu'il a préféré renoncer que de proposer. 
  • Il ne communique pas assez sur ses échecs et ce n'est pas la peine d'attendre d'être en campagne pour le faire. Le droit d'inventaire, c'est maintenant, tout le temps.
  • Loi travail et 49.3.
  • Perplexité générale (euphémisme) à l'évocation du CICE.
Donc, oui. On a été capables - n'en déplaise aux trolls - de reconnaître qu'on a merdé sur quelques points. Mais ces quelques points ne doivent pas effacer tout le reste. Et on est aussi tombés d'accord pour dire qu'on est les seuls à ne pas jouer la carte de la droitisation de la société ni celle de l'aventure personnelle d'un super candidat. Et aussi, le point commun avec le Carrefour des Gauches de samedi à Bondy, c'est l'énergie et le sens des responsabilités. Et je suis convaincue, à titre personnel, que ce quinquennat donnera à François Hollande le recul suffisant pour aborder la profonde mutation de la société que nous attendons tous, mais sans violence et sans haine.

Finalement, pour être tout à fait claire, à défaut d'être dans la salle au moment des débats, le seul moyen d'avoir un écho de ce qui se tramait dans cette obscure réunion de (au choix ou pas), bobos, personnalités déconnectées de la vraie, lamentables gauchistes, la société civile qui veut jouer un rôle dans la campagne présidentielle et peser dans le débat politique et citoyen, c'était de suivre le hashtag #AG2017 sur Twitter. Alors évidemment, c'est un peu juste.

Et comme je suis bonne joueuse, je te fais cadeau de ce qui s'y est dit. Prends la peine de scroller jusqu'en bas avant de troller.

Ça me changera.

mercredi 23 novembre 2016

SCOOP - Fillon et Juppé sont de droite!

Alors que nos camarades de gauche, de la vraie gauche à la gauche molle, en passant par l'extrême-gauche et la gauche de droite, s'échinent à stratégiser (oui je sais, c'est un néologisme) autour du vote utile à la Primaire de droite de novembre 2016 pour faire barrage à l'extrême-droite aux Présidentielles de 2017, tout en étant déjà convaincus que la gauche, la vraie, la molle, l'extrême ou celle de droite, seront balayées dès le 1er tour (fais un effort pour suivre s'il te plaît, c'est déjà assez compliqué comme ça), nous, peuple de gauche, découvrons avec stupéfaction que la Primaire de droite et du centre n'est en fait que de droite et que le gagnant de dimanche dernier est carrément hyper à droite tandis que celui qui était favori est un peu moins à droite et n'a fini que 2ème.

Passées ces considérations préalables, il était plus que temps de vérifier si celui qui est désormais challenger est vraiment moins à droite que l'autre, et donc un peu plus au centre (pensée émue pour François Bayrou, variable d'ajustement de la chose), mais quand même très à droite pour nous, peuple de gauche.

C'est donc dans une démarche d'abnégation totale que je me suis fadé les deux programmes de droite des deux candidats de la droite et du centre.

Et là, les bras m'en sont tombés car figure-toi, camarade de gauche qui vas aller voter utile dimanche prochain, que les deux candidats sont carrément de droite et que - à la lecture de leurs programmes - la gauche molle qui nous gouverne est carrément de gauche.

Oui je sais, après 4 ans et demi de Hollande bashing, c'est carrément stupéfiant.

Moi, perso, dimanche prochain, j'ai poney.
Comme dimanche dernier d'ailleurs.