dimanche 1 mars 2015

Plus que jamais, voter à Gauche en Essonne

Une fois n'est pas coutume, c'est le dernier commentaire de Didier Goux sur ce billet-là qui m'a poussée à reprendre le clavier pour bloguer.
Cette campagne pour les élections départementales me prend tout mon temps et je ne fiche plus rien ici.
Comme partout en France, on ne va pas se mentir, les conseils généraux actuellement à gauche sont susceptibles de basculer à droite comme on dit, et dans la plupart des cas, uniquement parce que les gens vont faire "un vote sanction", comme on dit (bis).

Je vais reprendre à mon compte les propos de Jérôme Guedj:
"Il ne faut pas se tromper de colère"
Chacun est libre, encore heureux, d'être furax contre la politique du Gouvernement actuel. Chacun est libre d'en être satisfait. Mais voter contre la gauche aux départementales, uniquement parce qu'on est furax contre la politique nationale, je trouve ça débile, qui plus est quand la politique départementale de la gauche quelle qu'elle soit (vraie, socialo, vrauche, coco, frondeuse, écolo...etc.) est bonne et quand son bilan est bon.
Et ici, en Essonne, le bilan est bon. Oui le Département est endetté. Comme tous les départements. Mais oui, il agit au quotidien pour nous tous-tes.

Hier, j'ai regardé le débat sur France 3 entre Georges Tron et Jérôme Guedj. Le premier critique, diffame et brasse de l'air en agitant les bras, mais il ne propose rien, que dalle. Ce n'est pas sans me rappeler une certaine campagne présidentielle où nous avons cherché en vain le programme de Nicolas Sarkozy. M'est avis qu'il est toujours en cours de rédaction. Et bien là, rebelote. Georges Tron critique mais ne propose rien. Je serais curieuse de savoir ce qu'il compte supprimer pour faire des économies : 
  • le RSA ? 
  • la rénovation et l'entretien des collèges ?
  • l'entretien des routes ?
  • la carte jeune ?
  • la subvention des places de crèches ?
  • les pompiers ?
  • les maisons de retraites publiques ?
  • l'APA pour les petites retraites ?
  • les subventions aux associations ?
Mais comme je suis patiente, je vais attendre les programmes des candidats de droite... Et je sens que je vais bien rigoler.

Pendant ce débat, Audrey Guibert, représentante départementale du FN, a essayé d'argumenter. je dis bien "essayé"... Car outre le fait qu'elle était inaudible parce que fort confuse, elle a passé son temps à parler du "ni-ni" de l'UMP et de l'UMPS, auquel elle seule semble croire... Déplaçant une nouvelle fois le débat du départemental au national. Vide.
Là aussi, j'ai tendu l'oreille pour trouver ne serait-ce qu'une idée programmatique. En vain. J'ai bien ma petite idée sur les éventuelles économies qu'elle entreprendrait si elle était Présidente du CG, mais je ne vais pas me risquer à un procès d'intentions. Et puis, comme elle ne sera jamais Présidente du CG, la question ne se pose pas trop.

Par contre, la question qui se pose, c'est qui va-t-elle soutenir, elle la candidate du FN, entre François Durovray, Georges Tron, Xavier Dugoin, Jean-Pierre Bechter et Serge Dassault pour la Présidence du CG ?

L'autre question qui se pose, c'est:
"Est-ce que les Essonniens ont bien conscience que s'ils votent à droite, il y a 99 % de chances pour que le futur Président du CG soit l'un de ces quatre-là ? :
  • Georges Tron, renvoyé aux assises pour viols.
  • Xavier Dugoin, condamné à de l’emprisonnement pour « abus de confiance, détournement de fonds publics, falsification de documents administratifs et prise illégale d’intérêts », en 2000.
  • Jean-Pierre Bechter ou Serge Dassault, tous deux mis en examen pour achats de voix.
Il nous reste 3 semaines pour convaincre.
Au boulot !

dimanche 22 février 2015

Entrez ici Germaine, Geneviève, Jean et Pierre... Bienvenue au Panthéon.

Panthéon Geneviève de Gaulle Pierre Brossolette Germaine Tillion Jean Zay
J'apprends à l'instant que François Hollande a décidé de faire entrer au Panthéon Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay.
Chapeau Monsieur le Président, j'approuve.
4 entrées, 2 hommes, 2 femmes, bien joué.
Je ne pouvais pas rester indifférente à cette initiative car, pour des raisons personnelles, j'y suis particulièrement sensible.

Tout d'abord, Pierre Brossolette.
Quand j'étais en 3ème, j'ai participé au Concours National de la Résistance et de la Déportation. Le thème de cette année-là était de choisir une figure de la Résistance et d'en retracer le parcours et l'action pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs noms nous avaient été proposés histoire de nous orienter dans notre travail. Mais tous étaient alors des arbres cachant la forêt. Pierre Brossolette ne figurait pas dans la liste. Je ne sais plus très bien comment m'est venue l'idée de bosser sur lui. Inutile de te dire que je ne me suis pas servie d'Internet à cette époque. Me voilà donc partie à la Bibliothèque du Centre Beaubourg à Paris, à l'époque où elle était encore tapissée d'une moquette verte kaki et où un immense portrait en métal de Georges Pompidou trônait en haut des escalators. J'ai fait tourner la photocopieuse de la BPI et je suis rentrée chez moi chargée comme une mule. J'ai bossé un mois ou deux et quelques semaines plus tard, je remportais le Premier Prix du Département dans la catégorie "travail individuel". Mes premiers pas en Histoire. Je quittais la Préfecture de l'Essonne, à nouveau chargée comme une mule, avec des bouquins plein les bras et un aller-retour au Mont Mouchet avec d'autres lauréats.
Merci Pierre Brossolette.

Germaine Tillion ensuite.
Quand j'ai commencé mes études supérieures en Histoire, le premier bouquin que j'ai lu sur la déportation était celui de Germaine Tillion, Ravensbrück. Révélation. J'ai immédiatement enchaîné sur Si c'est un homme de Primo Levi, puis La mort est mon métier de Robert Merle. Une espèce de boulimie morbide s'est emparée de moi et j'ai enchaîné livres et films sur le sujet. Germaine Tillion ne m'a plus quittée depuis puisque j'ai été amenée à lire et relire encore son bouquin en Licence, en Maîtrise et en DEA. J'ai remis ça en Doctorat car Germaine Tillion est également l'auteure de plusieurs travaux sur l'Algérie, que j'aborde dans ma thèse.
Merci Germaine Tillion.

Puis Geneviève de Gaulle-Anthonioz.
Toujours à la fac, j'ai bossé en Maîtrise sur les Etudiantes à Paris pendant la Deuxième Guerre mondiale. 237 pages dans lesquelles j'abordais la vie quotidienne, les études, la Résistance et la Collaboration. C'est quand j'ai consulté le fonds d'archives du réseau Défense de la France aux Archives Nationales que j'ai croisé le nom de plusieurs femmes qui étaient alors étudiantes à Paris pendant l'Occupation et qui appartenaient au mouvement Défense de la France: Jacqueline Fleury, Jacqueline Pardon, Hélène Viannay... et Geneviève de Gaulle-Anthonioz.
Après avoir trouvé leurs coordonnées, je les ai toutes contactées pour recueillir leurs témoignages. Toutes sauf une : Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Elle était en fin de vie, elle allait mourir quelques mois après ma soutenance. Pour bien des raisons, elle a tout à fait sa place au Panthéon.
Merci Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Jean Zay enfin.
J'ai toujours su qui était Jean Zay. Pour la simple et bonne raison que mon école élémentaire dans le petit village où j'ai grandi (Mardié, dans le Loiret) était une école Jean Zay. Mon grand-père qui était alors adjoint au maire du village avait pris l'habitude de ma raconter la guerre et je me souviens d'un après-midi où il m'a dit qui était Jean Zay et "pourquoi c'était un grand homme". La bouche pleine de mon goûter favori "pain-beurre-chocolat", il m'a parlé de Jean Zay et je me souviens lui avoir demandé "Et toi? Tu faisais quoi pendant la guerre?"
En tous cas, merci Jean Zay pour ces belles années dans cette école.

Et bienvenue à tous les 4 au Panthéon.

Coup de mou

Jegoun a publié deux billets coup sur coup pour parler des blogs politiques. Il dit que la plupart d'entre eux sont en mort cérébrale 2.0.
C'est pas faux. Je ne sais pas si le mien est un blog politique, mais il est en sommeil, c'est le moins qu'on puisse dire.
Il est évidemment plus simple de bloguer quand on est dans l'opposition. Taper sur Sarko et Le Pen, c'est facile et ça ne mange pas de pain.

Défendre la Loi Macron, c'est... comment dire... Plus complexe.
Donc je suis une fainéante, et j'assume.
Mais pas que. Enfin ça dépend pour quoi.

On a tous nos raisons pour moins bloguer. La mienne, la principale, c'est que je suis en campagne. Porte à porte tous les soirs, comité de campagne tous les lundis soirs, réunions une fois par semaine, distribution de tracts sur les marchés, dans les quartiers, dans les boîtes aux lettres.
Moralité, quand je rentre le soir, je ne blogue pas, je ne blogue plus.
Et c'est très frustrant, parce que j'aurais des tonnes de trucs à dire.
Mais comme le souligne Jegoun, au moment où j'ai envie d'écrire, tout a déjà été dit, en 140 caractères, à la télé, à la radio, ou dans les blogs des copains.
Du coup, je ne glande plus rien.

Va falloir que je me ressaisisse.

dimanche 1 février 2015

En campagne pour @Essonne2015

Et voilà. C'est reparti pour un tour. Me voilà candidate pour les Départementales dans mon canton qui regroupe Yerres et une grande partie de la ville où j'ai grandi : Brunoy.
J'y vais de bon cœur et je suis fière de défendre le bilan de la majorité sortante au Conseil Général de l'Essonne. C'est un sacré bon bilan. Tellement bon que l'opposition de droite annonce dans tous les journaux et médias 2.0 qu'elle va ventiler et réajuster le budget si elle remporte les élections alors qu'aucun de ses élus n'a été capable de proposer un contre-budget ni une seule proposition chiffrée crédible ces dernières années.
Les déclarations de candidatures arrivent les unes après les autres.
Ici pour le canton de Yerres, ça se présente comme ça:
  • Pour la Gauche rassemblée PS / EELV : mon pote Olivier et moi
  • Pour la team Dupont (-Aignan) : Olivier Clodong et Martine Sureau
  • Pour la team UMP-UDI : Irvin Bida et Valérie Ragot
  • Pour la team FN qui pique : Nancy Demette et André Donzeau
  • Pour la gauche extrême : pas de nouvelles à l'heure où j'écris ces quelques lignes
La team Dupont est partie en campagne il y a environ 15-20 jours. J'ai bien rigolé quand j'ai vu leurs trombines sur leur premier tract de campagne. Comme d'hab, Nicolas Dupont-Aignan, qui n'est pas candidat, est en plein milieu des 4 autres, bien au milieu et même en un peu plus grand, histoire que les gens comprennent bien que non non non il est pas candidat mais qu'il tire les ficelles des 4 autres. Il est un peu leur caution tu vois. Genre, je vous coache, vous agissez. Ça en dit long sur la confiance qu'il leur accorde. Bref.
Du côté de la droite dite traditionnelle UMP-UDI, leur page Facebook est encore en chantier. Mais Valérie Ragot est une proche de Georges Tron, le pied quoi.

Ah oui! Parce que je t'ai pas dit, je garde le meilleur pour la fin. Ici en Esssonne, on a du lourd à droite: Xavier Dugoin, Georges Tron, Jean-Pierre Bechter et Serge Dassault.

Et bien du me croiras ou pas, tous lorgnent la Présidence du Conseil Général s'ils sont élus. Ça promet hein.

Georges Tron ne semble pas s'embarrasser d'avoir été renvoyé aux assises pour viols puisqu'il s'est déclaré candidat tranquille Emile. Jean-Pierre Bechter et Serge Dassault se sont mis ensemble pour Corbeil alors qu'ils sont toujours mis en examen pour achat de voix, entre autres. La blague c'est que Serge Dassault n'est pas titulaire mais suppléant. Il serait juste là pour apporter son soutien à Jipé. Sauf que tout le monde sait qu'il lorgne lui aussi sur la Présidence du CG. M'est avis que s'ils sont élus, je vois bien Jipé démissionner et ouvrir un boulevard à Sergio.
Quant à Xav', c'est un repris de justice comme tout le monde le sait.

Rien que pour ça, il serait de bon ton que la gauche l'emporte. Parce que franchement, si on se tape un de ces quatre là à la Présidence, ce serait quand même un peu la honte.

Bien sûr, ils sont tous présumés innocents jusqu'à preuve du contraire, mais les chefs d'accusation sont... comment dire...

Et puis, il faut bien que je l'avoue, je suis un peu fan de Jérôme Guedj, notre président sortant parce qu'il a été un sacré bon président. Et je ne te cache pas que l'idée de bosser un jour avec lui au Conseil Général de l'Essonne me met en joie.

Donc ne sois pas surpris si tu as l'impression que je ne glande rien ici sur ce blog, c'est parce que je suis en campagne. Mais si vraiment tu trouves le temps long, tu pourras toujours me retrouver ICI ou , ou encore .

mardi 27 janvier 2015

Terrible et inoubliable Auschwitz-Birkenau

Aujourd'hui, on célèbre la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau.
Quiconque y a déjà mis les pieds s'en rappelle toute sa vie.
Impossible donc d'imaginer ce que ressentent encore aujourd'hui les survivants qui y ont été internés.
J'ai visité Auschwitz en 2010. En plein mois de décembre, j'accompagnais un voyage scolaire organisé par le Conseil Régional d'Île de France.
Il neigeait, il ventait. Arrivée en Pologne, la température extérieure était de -20° et la température ressentie de -30°. Je n'exagère pas. C'était clairement affiché sur les panneaux le long des routes.
Visiter Auschwitz dans ces conditions  ajoute encore plus de lourdeur à l'émotion qui vous submerge dès l'entrée du camp.
Une étendu blanche de neige à perte de vue.
Une superficie impossible à imaginer tant qu'on ne l'a pas vue.
La visite a commencé par le camp que tout le monde a à l'esprit. Le nº2, celui constitué de baraquements, celui de la mort industrielle sur plusieurs km².
De la neige jusqu'aux genoux, des larmes gelées sur les joues, voilà les conditions dans lesquelles j'ai effectué cette visite.


Imaginer des prisonniers, avec seulement la peau sur les os et un minable pyjama rayé sur le dos tenter de survivre dans ces conditions relève de l'impossible. Les baraquements ont presque tous disparu. Et parmi ceux qui restent, un seul se visite: il a été reconstitué à l'identique. Une baraque en bois tapissée de paillasses superposées faites de planches et de briques sur lesquelles s'entassaient des centaines de déportés. Le tout avec des "jours" aux jonctions du toit et du sol, pour mieux les user, les affaiblir, les exterminer à petit feu.


-20° en plein hiver.
Au-delà du compréhensible, de l'imaginaire. L'indicible à perte de vue. Un silence de mort au sens propre comme au figuré. Un pauvre groupe de quelques adultes et vingt jeunes perdus au milieu de nulle part, muets, choqués, secoués par les bourrasques de vent et de neige, figés devant chaque baraque, et les vestiges de fours crématoires.
Vers 14h, on quitte le camp nº2 pour aller à Auschwitz 1, celui qui fut le le "brouillon" du 2: une ancienne caserne de pompiers "en dur".
C'est là que furent internés les premiers prisonniers. Dans des chambrées transformées en cellules où les Allemands enfermaient entassées leurs premières victimes.
C'est là qu'on peut voir les tristement célèbres monticules, de vêtements, de valises, de lunettes, de chaussures... Emmurés derrière des vitrines, figés pour l'éternité.


C'est encore là qu'on peut voir les premiers fours.


C'est aussi là qu'on peut voir le "mitard" où les Allemands enfermaient les prisonniers récalcitrants: une espèce de clapier d'un mètre de côté où on ne peut tenir qu'assis, la tête dans les genoux, dans le noir. Une prison dans la prison.

-20° en plein hiver dans un pays de l'Est : il est 16h et la nuit tombe. Il faut partir.

Arbeit macht frei. L'horrible devise me tourne le dos.

Il faut partir.
Terrible journée mémorielle.
Terriblement inoubliable.

A lire aussi : 

Bref, j’ai pris un café avec Lassana Bathily

Lassana Bathily
« Oui, bonjour Elodie. Est-ce que ça te dirait de m’accompagner à la cérémonie de naturalisation de Lassana Bathily mardi prochain ? »

Forcément, j’ai dit oui. Et puis mon cher calendrier s’est rappelé à moi et je n’ai pas pu y assister. Mais franchement, quand j’ai vu les images, cette cohue, cette bousculade, ces hordes de journalistes qui jouaient des coudes, je me suis dit que je n’avais pas loupé grand-chose et que, de toute façon, je n’aurais pas pu l’approcher. 
« Elodie ? Oui, dis-moi, ça te dirait de rencontrer Lassana Bathily avant qu’il ne reparte au Mali ? On pourrait faire ça tranquillement au foyer, autour d’un café. On pourrait prendre des photos avec Cécilia et tu pourrais rédiger un truc sur ton blog, non ? »

Cette fois-ci, pas question de me désister. Rendez-vous est pris dans le foyer pour jeunes travailleurs où il vit depuis plus d’un an. 

Je ne saurais trop expliquer le sentiment que j’ai ressenti quand je lui ai serré la main. Il avait l’air content de nous voir. Mais vraiment hein.
On s’est installé tranquille autour d’un café et je lui ai demandé de me parler de lui, de me raconter ce qu’il avait envie de raconter.

Il est arrivé en France le 10 mars 2006, puis à Paris le lendemain, après avoir transité par Mulhouse, laissant derrière lui « au bled » une partie de sa famille. A partir de cette date, il enchaîne les boulots : dans le bâtiment, menuisier, plombier, électricien… A mon avis, il pourrait me construire une maison de A à Z, mais ça c’est une autre histoire. Ensuite, il a bossé pour une entreprise de nettoyage. Mais ça lui plaisait moyen car les horaires étaient fragmentés et irréguliers, bref : la galère.

En 2012, il dépose son CV à l’HyperCacher, en mode candidature spontanée. Un de ses potes y bosse déjà. Mais le gérant d’alors n’a pas de poste à lui offrir. Et finalement, 3 jours plus tard, il est embauché dans le supermarché de la Villette qui doit ouvrir pour Pessah. Il décroche un CDI et 8 mois plus tard, il intègre l’équipe de l’HyperCacher de la Porte de Vincennes.

Je ne lui ai pas posé de question sur la journée du 9 janvier 2015. Pour plusieurs raisons : j’étais un peu gênée et je ne savais pas comment aborder la question, et puis surtout, on trouve le récit de la journée en long, en large et en travers sur le web.

Je l’ai donc laissé parler, à sa guise, au gré de ce qu’il avait envie de me confier. Il a évoqué le moment où il est sorti du magasin, quand il s’est sauvé. Il m’a raconté comment les forces de l’ordre lui sont tombées dessus. Il ne comprenait pas ce qu’ils lui disaient, ils parlaient tous en même temps, ils criaient, ils lui hurlaient tous en même temps de se coucher à terre. Ça a été hyper violent, Lassana a été menotté et il a immédiatement compris que c’était parce qu’il était noir et que donc, les forces de l’ordre l’avait pris pour Amédy Coulibaly. Il me montre en mimant la situation comment il a été interpellé et se souvient qu’il avait encore mal aux poignets le lendemain. Il a même cru un moment que son épaule avait été déboitée.

Et puis immédiatement, comme s’il craignait que j’interprète mal ses propos, il me dit : 
« Mais je comprends hein. Ils ont cru que c’était moi. Il ont cru que j’étais lui ».
A aucun moment, Lassana ne prononce le nom du terroriste. Le seul prénom qu’il cite, c’est celui de son pote, celui qui est devenu son ami en dehors du boulot : Yohan.
Yohan Cohen, la première victime de Coulibaly.
Lassana est très ému quand il évoque son pote, son copain, son ami. 

A aucun moment de notre discussion, il ne parle de religion. C'est vrai que le symbole est fort: un musulman qui sauve des juifs. Mais Lassana n'en parle pas. A une autre époque, on l'aurait qualifié de "Juste".
Mais il n'en parle pas. Comme d'autres qui auraient été à sa place, il n'a pas réfléchi. A aucun moment, ni pendant ni après, il n'a eu le sentiment d'accomplir un acte héroïque. S'il comprend l'émoi et l'engouement suscité par ses actes ce jour-là, il a beaucoup de mal avec l'"héroïsation" dont il a été l'objet.
Il m'a dit qu'il avait beaucoup de mal à assumer ce "statut", beaucoup de mal à supporter d'être alpagué, reconnu à chaque coin de rue, un peu comme un people. Du coup, il m'explique qu'il se planque "en mode ghetto" en relevant sa capuche sur son bonnet pour passer inaperçu.

Je lui ai parlé de la pétition qui avait été lancée en faveur de sa naturalisation et de la Légion d'Honneur. Il n'en a pas eu connaissance tout de suite et d'ailleurs, François Hollande l'avait déjà contacté pour lui annoncer qu'il serait naturalisé dans les prochains jours. Quand il évoque ce coup de téléphone avec le Président, il sourit et son regard se perd dans le vide, comme si lui-même avait encore du mal à réaliser tout ce qui s'est passé en si peu de temps.
Dans les jours à venir, Lassana va repartir au Mali voir sa famille. A son retour, il retrouvera son poste à l'HyperCacher, qui n'a pas encore rouvert. Il y retournera, sans son pote et, sans aucun doute, il n'y retournera plus jamais comme avant. Dès le 10 janvier, il voulait repartir au Mali, mais ses papiers ne lui avaient pas été rendus. 

Le début de l'année 2015 a été terrible pour Lassana car, à cet attentat terrible dans lequel son pote a trouvé la mort, s'ajoute également la mort de son frère au Mali. Très ému, il semble dépassé par les évènements et n'aspire qu'à l'oubli pour reprendre une vie normale entre Paris et le Mali.

Au moment de lui dire au revoir, j'étais vraiment très impressionnée. Mais pas parce que j'avais un héros en face de moi. Non.

J'étais impressionnée parce qu'en écoutant Lassana me raconter son mois de janvier, j'ai compris qu'il n'était pas un héros. Il est simplement la preuve qu'il y a encore du bon dans l'humain. 

Il incarne la bonté, la douceur et la gentillesse.
Il n'est pas un héros. Il est désormais un citoyen français qui n'aspire qu'à reprendre le cours normal de sa vie. Si tant que cela soit possible.

Je luis souhaite d'y parvenir.

Merci Lassana d'avoir illuminé ma journée du 26 janvier 2015. 

Lassana Bathily

Vous pouvez voir les photos de Cécilia en cliquant ici.

lundi 19 janvier 2015

Après le "Je suis Charlie", le "oui mais..."

Source
Depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l'HyperCacher et après que 4 millions de Français, et plusieurs centaines de milliers de personnes de par le monde, aient manifesté leur soutien à la liberté d'expression, fleurissent un peu partout sur le web et ailleurs des "oui mais".
  • On peut se moquer des religions oui mais il ne faut pas caricaturer le Prophète.
  • On peut se moquer de l'islam oui mais il ne faut pas caricaturer le Prophète.
  • On peut être athée oui mais il ne faut pas taper sur les religions, toutes les religions.
Pas taper.
  • On peut défendre la liberté d'expression oui mais à condition qu'on ne vanne personne et qu'on ne se moque pas de l'islam.
Poursuivons..
  • On peut défendre l'avortement oui mais ça choque les puristes et / ou certaines religions.
  • On peut défendre le mariage homosexuel oui mais ça choque... les mêmes.
  • On peut faire des blagues sexistes oui mais ça choque les féministes.
  • On peut faire des blagues oui mais à condition de ne pas vexer "les gens".
Non mais sans déconner ? C'est une blague ou quoi ? Ah non pardon, c'est pas une blague.

Jusqu'à preuve du contraire, les caricatures de Charlie Hebdo ne portaient pas la mention "Musulmans, bande d'enculés" ou "Les youpins, vous nous faites chier" ou encore "Cathos, bande de cons". Si?

Donc, à force de croire que tel ou tel caricaturiste "met de l'huile sur le feu", on va arriver à ça:
  • Vous pouvez vous moquer des religions à condition de ne jamais caricaturer le Prophète, ni Dieu, ni leurs potes.
  • Vous pouvez vous moquer de l'islam mais sans caricaturer personne.
  • Vous pouvez être athée (merci, trop aimable) mais vous n'avez pas le droit de caricaturer les religions.
  • Vous êtes libres de dire ce que vous voulez dès lors que vous ne vous moquez pas des religions.
  • Vous pouvez être favorable à l'avortement mais ne le criez pas trop fort.
  • Idem pour le mariage homosexuel.
  • Il est interdit de faire des blagues sexistes.
  • Vous pouvez blaguer à volonté à condition que nous vexiez personne.
C'est à se demander si un jour, les seules blagues autorisées ne seront pas celles de Toto... les Guignols passeront à la moulinette du comité de censure des intégristes musulmans, Cabu sera convoqué toutes les semaines chez Osez le Féminisme, Charlie Hebdo sera soumis au comité de vigilance des wannabee djihadistes, Luz sera convoqué tous les mardis chez Christine Boutin, Nicolas Bedos devra faire valider ses chroniques par le CFCM et ainsi de suite.

A un moment, faut arrêter les conneries 2 secondes. Et puisque certains sont "profondément choqués" par les caricatures de Charlie, j'aimerais bien que ces mêmes-là nous disent s'ils sont choqués - ou pas - par les exactions des terroristes islamofascistes de Daech ou Boko Haram, qui excisent les femmes et les fillettes, qui décapitent, qui violent, qui pillent, qui lapident à volonté et sans modération.

Ah ? Ils sont choqués aussi ? Tant mieux, ça me rassure.

Ou pas.