jeudi 21 avril 2016

Le vide médiatique intersidéral

C'est un débat qu'on a souvent entre deux mojitos et trois verres de vin.
"Mais pourquoi on parle que de ça?"
"Et pourquoi on parle pas de ça?"
Hier donc, le vide médiatique intersidéral était à son paroxysme.

Résumé des épisodes précédents :
  • Mardi soir : Joey Starr gifle Gilles Verdez dans l'émission de Cyril Hanouna (Touche pas à mon poste) pour plusieurs raisons sans doute : parce que Joey Starr est un peu con, parce que l'émission de Cyril Hanouna est débile, bien plus débile qu'elle ne l'était à ses débuts.
  • Cyril Hanouna pète un câble. Menace de boycott, de déprogrammation et tout le tintouin. Joey Starr ne s'excuse pas.
  • Mercredi: La toile s'enflamme. Certains défendent Joey Starr, d'autres défendent Cyril Hanouna, d'autres encore prennent des nouvelles de Gilles Verdez.
  • On craint la mort de 500 migrants, noyés dans la Méditerranée. 111 articles sur Google News.
  • Sciences Po organise un Hijab Day. 104 articles sur Google News.
  • Les médias, les réseaux sociaux, ne parlent que de la gifle. 546 articles sur Google News.
  • Jeudi : une pétition est lancée contre l'émission de Cyril Hanouna au motif qu'on vaut mieux que ça. Rien que ça!
  • Des réunions féministes non mixtes contre-productives sont organisées à Nuit Debout. 2 articles sur Google News.
  • Harriet Tubman sera la première femme noire à figurer sur un billet de banque américain. 89 articles sur Google News.
  • On se souvient du 21 avril 2002. 32 articles sur Google News.
  • Jeudi soir: On fête les 50 ans de Nicolas... Rien. Zéro dépêche. C'est un scandale.
Blague à part. Je suis pour la liberté de la presse et des médias, cela va sans dire... Mais à un moment, quand je vois des organes de presse dit politiques, d'information ou d'actualités nationales, se tortiller sur le web pour nous refaire le match Hanouna-Starr-Verdez... Je m'interroge.

mercredi 20 avril 2016

Le Front National : crédibilité zéro / compétence zéro

A un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, force est de constater que les instituts de sondages sont au taquet. Chacun y trouvera son compte, les relaiera… Ou pas. 

François Hollande dira s’il est candidat à la fin de l’année.

Du côté de la super vraie gauche, Jean-Luc Mélenchon semble avoir le vent en poupe même s’il peine à décoller au-delà de 20%.

Les Verts ne savent plus trop où ils habitent.

Chez Les Républicains, une primaire chabraque et pas piquée des hannetons va encore bien nous nous occuper… 11 ? 13 ? 15 ? Personne ne sait combien ils sont réellement. Entre ceux qui se sont déclarés, ceux qui ne le sont pas encore et ceux qui sont déclarés mais à qui il manquera des parrainages parlementaires… M’est avis que cette primaire nous réserve bien des surprises.

Du côté du Front, Marine Le Pen est plus ou moins absente des plateaux TV. La rumeur dit qu’elle en a ras le front du tapage médiatico-politique. Du coup, elle sillonne le monde et l’univers : Pologne, Canada, Angleterre, USA, Espagne… Où elle se prend des scuds partout où elle va.

Nicolas Dupont-Aignan s’est levé et marche, mais pas avec Emmanuel Macron, et il se voit au 2ème tour quand ce n’est pas carrément Président de la République avec Arnaud Montebourg et Malek Boutih dans son gouvernement. Cela dit, ça nous change de ses projets de 2012 où il se voyait Président avec Marine Le Pen pour Premier ministre.

En 2013, j’ai fait un pari avec une amie. Elle m’a dit, à grands regrets : 
« Tu verras, en 2017, Marine Le Pen, elle sera au Gouvernement. » 
Comme je suis un Bisounours qui vit dans le monde de Oui-Oui (combo), j’ai parié contre. Et quand je lis la moisson des sondages du jour, je crois que je suis en passe de gagner mon pari.

En effet, il semblerait que - selon un sondage Odoxa - le FN progresse dans l’opinion, mais le jugement porté sur sa capacité à gouverner laisse carrément à désirer.

Autant, tout le monde s’attend à un 21 avril bis (là, on pourra pas dire qu’on n’était pas prévenus), autant tout le monde semble assez raccord pour dire que le Front ne passera jamais le 2nd tour tant il semble incapable - voire carrément incompétent - pour répondre aux attentes économiques et sociales de notre pays. Et pan ! Sur le bec.

Le Front National, « 1er parti de France » le moins crédible.

Globalement, ce qui ressort assez nettement de ce sondage, c’est que le FN représente un danger pour la démocratie. Ce qui, au regard de ce qui se fait dans les villes conquises par le FN depuis 2014, semble être un doux euphémisme. 
Danger pour la démocratie. Danger pour l’économie. Danger pour la tolérance. Et pan ! Sur le bec. 
Et là où c’est vraiment pas d’bol, c’est que parmi les mesures proposées par le Front, la seule qui semble faire un petit consensus, c’est celle qui vise à réserver les aides sociales aux Français 100% français pur souche, arbre généalogique à l’appui… Sauf que c’est une mesure phare de Le Pen Père et que les autres mesures proposées par la fille font pschittt. Mais heureusement pour elle, les frontistes et leurs petits camarades de ratonnades approuvent les mesures économiques et sociales de Marine. 
Ouf ! Si même son propre camp n’adhérait pas à ses idées rances, y aurait plus qu’à mettre la clé sous la porte.

Le Front National, « 1er parti de France » le plus incompétent.

7 Français sur 10 pensent que le Front National serait incapable de gouverner la France.

Et pan ! Sur le bec. 



lundi 18 avril 2016

Champagne ! Ça va mieux !

Jeudi soir, pendant le grand raout - qui semble avoir fait plouf - de François Hollande, j'avais poney. J'ai donc loupé les 3/4 de l'émission.
Mais en bonne gauchiste, activiste FH2012 (et sans doute 2017), hollandolâtre à mes heures perdues, voire pire, blogueuse de Gouvernement, j'ai lu et suivi tous les débriefs possibles et inimaginables.

En moins de 12 heures, chez les éditocrates, on est passé du franc succès au fiaso télévisuel puis au fiasco tout court. Classique. La routine. Le Hollande-bashing, c'est vendeur. Le bashing tout court aussi d'ailleurs.

Le lendemain, malgré les presque 3 heures d'émission de la veille, la seule punchline qui cristallisait l'opinion, c'était "ça va mieux". 3 mots qui ont occupé tout le monde sur le web, dans les médias, chez les politiques, et dans mon salon.
Oui, mon salon ce week-end, c'était the place to be tu vois.

Ça va mieux.
Ça va mieux toi depuis 2012?
Moi, perso, pas de changement dans mon petit quotidien.
  • Je gagne mieux ma vie mais François Hollande n'y est pour rien.
  • L'allocation de rentrée scolaire a été revalorisée, mais je n'ai pas d'enfant.
  • Le Gouvernement a mis en place la Caution Locative pour les Étudiants (Clé... Tu apprécieras le jeu de mots), mais je ne suis pas étudiante.
  • L'IVG est intégralement prise en charge, mais je ne suis pas (encore) concernée
  • 60 000 postes ont été créés dans l’Éducation Nationale, mais je ne bosse pas dans l’Éducation Nationale.
    La Garantie Jeunes a été mise en place et étendue, mais je suis trop vieille.
  • Les droits rechargeables au chômage ont été créés, mais je ne suis plus au chômage.
  • Les homos peuvent se marier, mais je suis hétéro.
  • La garantie contre les pensions alimentaires impayées a été créée, mais je ne suis pas divorcée.
Alors évidemment, vu sous l'unique angle du bout de mon nez, peu de changement c'est clair.

C'est pourquoi j'ai d'abord voulu éclater de rire quand j'ai entendu le - désormais rentré dans l'histoire - "Ça va mieux".

Sauf que... Si on jette un œil au bilan à N-1 de l'élection présidentielle, il semblerait que ça aille mieux, en effet. La France va mieux. C'est timide, c'est infime, c'est peut-être même symbolique, mais c'est un fait.
  • En 2015, la croissance économique atteint 1,2%, son plus haut niveau depuis 2011.
  • En 2015, le déficit public atteint 3,5% du PIB, au plus bas depuis 2008.
  • Entre le dernier trimestre 2014 et le dernier trimestre 2015, la dette publique française est restée stable % du PIB, une première depuis 2007. 
  • En 2015, le déficit de la balance commerciale atteint 45 milliards d’euros, soit une baisse de 22% en un an, au plus bas depuis 2009. 
  • En 2015, le pouvoir d’achat des ménages a augmenté de 1,7%, plus forte évolution depuis 2007. 
  • En 2015, le revenu des ménages a progressé de 1,6%, plus forte évolution depuis 2011. 
  • La BPI soutient aujourd’hui toutes les start-up françaises et a pratiquement doublé les crédits aux entreprises en 3 ans. 
  • Grâce au CICE et au pacte de responsabilité, création de 82 300 emplois marchands en 2015, plus forte évolution depuis 2007. Plus de 60 000 seront créés au premier semestre de cette année. 
  • Justice fiscale : création de la tranche à 45%, et diminution dans les deux dernières années de l’imposition des plus modestes ; plafonnement des salaires des patrons d’entreprises publiques ;en 2015, nous avons redressé pour près de 20Mds€ de fraude fiscale. 
  • Les inégalités baissent comme jamais depuis 20 ans. La baisse constatée en 2013 (dernière année observée) a été d’une ampleur inédite depuis 1996. Elle a effacé en une année l’augmentation constatée depuis 2008. En particulier, le niveau de vie des 30% les plus modestes a progressé.
Alors évidemment, dans nos petits quotidiens égocentrés, c'est peanuts
 
Et le problème, c'est que ça compte le petit quotidien égocentré. Ça compte même beaucoup...
 
Et sinon, pour se faire une idée, on peut aussi se pencher sur le bilan 2012 de Nicolas Sarkozy... Et comparer avec celui de François Hollande... Juste comme ça en passant. 
 
Ou pas.

samedi 26 mars 2016

Carnet de voyage: départ pour le S.T.O

André CoubardIl y a quelques mois, j'ai perdu mon grand-père. Et depuis plusieurs mois, je plonge dans les papiers de famille, les souvenirs, les photographies. Entre deux cartons et tris de ses effets personnels, je suis tombée sur un petit carnet bien abîmé dont les premières pages sont noircies par son écriture que je reconnaitrais entre mille.

A l'intérieur du carnet, j'ai trouvé sa carte de déporté du travail, consciencieusement timbrée chaque année. Et je dois avouer que je ne savais même pas qu'une telle carte existait, tant les travailleurs du STO ont souvent été vus comme des planqués volontaires. Ce que mon grand-père ne cessait jamais de dénoncer : 
"Que voulais-tu que je fasse? On n'avait pas le choix, il fallait partir."
Si j'en crois ce que j'ai trouvé, mon grand-père a fait la demande de cette carte pour la première fois en 1952, soit 7 ans après sa mise en place.

André Coubard
Seules les premières pages sont remplies. Elles racontent son voyage jusqu'en Allemagne. Puis plus rien. J'imagine qu'il aurait voulu écrire chaque jour dans ce carnet mais que, faute de temps, faute d'envie, faute de courage, seuls les 5 premiers jours y sont racontés. 

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai décidé de partager son contenu ici... Mais qu'importe la raison.

---

Déportation pour le Grd R [Grand Reich]
 
Partis de Tours le jeudi 18 mars [1943] à 14h en compagnie de H*** (Huard ?), P***, L*** (Legay ?), R*** (Raullières ?) (C*** à Savonnières) et du charcutier de Druye. 
Voyage sans histoire dans de beaux wagons du P.O [Paris-Orléans].
Arrivée à la Gare d’Austerlitz à Paris à 18h30. 
Réquisition d’un chariot pour le transport des bagages. 
Nous stationnons sur la Place devant la Gare et à 20h, des cars nous transportent à la Gare de l’Est. Pendant la traversée de Paris, chants de toutes sortes. A la Gare de l’Est, en voiture, nous griffonnons des lettres pour annoncer le départ vers le Gd R. à nos parents. En passant sur le quai, rassemblement et appel. Nous nous transportons sur le quai où un train spécial nous attend. Nous nous casons dans un wagon où il y a un volontaire pour Kiel [nord de l’Allemagne].
Avant le départ, distribution d’un saucisson et d’un pain et départ à 21h via Nancy. Noisy-le-Sec, Châlons-sur-Marne, Reims puis Nancy. Arrêts en cours de route. Il y a des wagons qui chauffent. Saarburg, Deux Ponts. Passage de la frontière et contrôle dans les wagons. Sarrebruck, Sandau. 
Arrivée à 14h, toilette, nous touchons un pain, saucisson et café. Nous changeons notre argent.
Départ vers 18h via Francfort où nous arrivons vers minuit. Là, nous descendons et on nous emmène dans la salle d’attente où nous touchons 2 sandwiches et du thé. Nous sommes noyés au milieu des bagages et nous dormons parterre comme nous pouvons. 
Réveil à 3h30 du matin, on nous met en rang et nous restons debout jusqu’à 5h où nous prenons le train via Leipzig, submergés de bagages. 
Arrivée à Leipzig à 15h le vendredi 19 mars. On nous loge dans un restaurant qui sert de camp de triage. Là, nous sommes un peu ravitaillés et nous passons la nuit dans 2 salles au milieu des bagages. Le lendemain, réveil à 7h et toilettes. 
En attendant l’appel, nous jouons aux cartes. A 14h, appel pour le triage (samedi 20 mars). Huard le 1er est appelé et il nous quitte en compagnie du charcutier de Druyes. Ensuite, c’est P*** qui est appelé, Legay, C***, Raullières. 
Nous sommes des copains qui seront réunis pour aller dans le même coin. 
En attendant le départ, nous retrouvons Métivier (commis à Bigre) et son cousin Pra***. 
Départ du camp à 19h via Wittenberg par train. Nous traversons Leipzig (ville magnifique). Nous changeons de gare et nous prenons le train pour Bitterfeld où nous arrivons à 17h le soir, direction Wittenberg.
Nous changeons de train et là, à la gare, nous trouvons un Français qui nous dit que, dans le coin, il n’y a que poudrières et usines d’aviation (désillusion, adieu les bifteaks). 
Après plusieurs arrêts, nous arrivons au terme de notre étape Coswig. 
(Dimanche 22 mars) Il est 11h du soir. A la gare, récupération des bagages et en route à pied pour le camp. Il nous tarde d’arriver car nous sommes à plat. Et le long de la route, il y a des trainards car les valises sont lourdes.
En cours de route, le chef qui nous accompagne nous fait un speech en allemand. Nous comprenons Mix Arbeit Mix Manger [ Il faut travailler pour manger], nous avons compris. 
A 1h du matin, arrivée au camp où on nous loge dans une baraque. Nous sommes par chambre de 12 et nous avons la chance d’être tous ensemble. P***, L***, R***, M***, T***, R*** (boucher à Amboise). 
Et avec nous, il y a 5 Bordelais. Nous allons à la cantine où nous touchons de la soupe, des confitures et du pain. Ensuite on nous rassemble et le chef du camp (lagerfürher) nous fait un discours où il nous dit qu’il faut de la discipline et nous dit que quand nous rencontrons un chef du camp, il faut le saluer en levant le bras avant et en disant Heil Hitler (désillution).
Au magasin du camp, nous touchons 3 couvertures, 1 drap, 1 couvert, 1 tasse, 1 dessus de lit, 1 taie d’oreiller (toute perte équivaut à 1 Mark d’amende). A 1h du matin, nous retournons dans notre chambre et nous faisons notre lit. Sitôt au lit, sitôt endormis car nous sommes fatigués. 
Réveil le lendemain matin à 8h.
(Lundi 23) 8h réveil. Café. Un peu d’ordre dans nos affaires et nettoyage de la chambre. A 10h, on nous rassemble et nous allons à une usine qui est située auprès du camp nous faire photographier afin de nous établir des ausweiss. Ensuite, nous partons tous à l’usine qui sera notre lieu de travail (usine vaste et où l’on fait tout ce qui se rapporte à la poudre). 
Là, nous sommes dans un bureau où l’on nous demande des renseignements pour les ausweiss. Nous touchons chacun un petit papier sur lequel il y a quelques lettres, c’est la désignation du lieu de notre boulot. 
Nous touchons nos ausweiss. Ensuite on nous emmène au magasin où nous touchons un bleu, 1 bonnet, 1 paire de gants et 1 paire de savates. Ensuite on nous dirige vers le lieu de boulot où, demain, nous viendrons à notre tour. Là, on nous laisse avec un ouvrier afin de voir le boulot qu’il fait et à 4h, nous quittons l’usine pour rentrer au camp.
Le lendemain, boulot de 2h à 10h. Je travaille avec un Belge. Je suis à une presse et, de temps en temps, il y a feu d’artifice. 15 jours après je suis changé, je travaille avec un Russe. 15 jours après, je suis seul pendant 3 semaines. Et après, on me change, je suis au ravitaillement des presses.

---

Mon grand-père est resté au STO du 18 mars 1943 au 25 mai 1945. Il nous en parlait souvent. La seule chose qu'il a consignée quotidiennement dans ce carnet, ce sont la date et le nombre de lettres qu'il a reçues de ma grand-mère : 163. Ils se sont mariés en septembre 1945.

André Coubard