mardi 27 janvier 2015

Terrible et inoubliable Auschwitz-Birkenau

Aujourd'hui, on célèbre la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau.
Quiconque y a déjà mis les pieds s'en rappelle toute sa vie.
Impossible donc d'imaginer ce que ressentent encore aujourd'hui les survivants qui y ont été internés.
J'ai visité Auschwitz en 2010. En plein mois de décembre, j'accompagnais un voyage scolaire organisé par le Conseil Régional d'Île de France.
Il neigeait, il ventait. Arrivée en Pologne, la température extérieure était de -20° et la température ressentie de -30°. Je n'exagère pas. C'était clairement affiché sur les panneaux le long des routes.
Visiter Auschwitz dans ces conditions  ajoute encore plus de lourdeur à l'émotion qui vous submerge dès l'entrée du camp.
Une étendu blanche de neige à perte de vue.
Une superficie impossible à imaginer tant qu'on ne l'a pas vue.
La visite a commencé par le camp que tout le monde a à l'esprit. Le nº2, celui constitué de baraquements, celui de la mort industrielle sur plusieurs km².
De la neige jusqu'aux genoux, des larmes gelées sur les joues, voilà les conditions dans lesquelles j'ai effectué cette visite.


Imaginer des prisonniers, avec seulement la peau sur les os et un minable pyjama rayé sur le dos tenter de survivre dans ces conditions relève de l'impossible. Les baraquements ont presque tous disparu. Et parmi ceux qui restent, un seul se visite: il a été reconstitué à l'identique. Une baraque en bois tapissée de paillasses superposées faites de planches et de briques sur lesquelles s'entassaient des centaines de déportés. Le tout avec des "jours" aux jonctions du toit et du sol, pour mieux les user, les affaiblir, les exterminer à petit feu.


-20° en plein hiver.
Au-delà du compréhensible, de l'imaginaire. L'indicible à perte de vue. Un silence de mort au sens propre comme au figuré. Un pauvre groupe de quelques adultes et vingt jeunes perdus au milieu de nulle part, muets, choqués, secoués par les bourrasques de vent et de neige, figés devant chaque baraque, et les vestiges de fours crématoires.
Vers 14h, on quitte le camp nº2 pour aller à Auschwitz 1, celui qui fut le le "brouillon" du 2: une ancienne caserne de pompiers "en dur".
C'est là que furent internés les premiers prisonniers. Dans des chambrées transformées en cellules où les Allemands enfermaient entassées leurs premières victimes.
C'est là qu'on peut voir les tristement célèbres monticules, de vêtements, de valises, de lunettes, de chaussures... Emmurés derrière des vitrines, figés pour l'éternité.


C'est encore là qu'on peut voir les premiers fours.


C'est aussi là qu'on peut voir le "mitard" où les Allemands enfermaient les prisonniers récalcitrants: une espèce de clapier d'un mètre de côté où on ne peut tenir qu'assis, la tête dans les genoux, dans le noir. Une prison dans la prison.

-20° en plein hiver dans un pays de l'Est : il est 16h et la nuit tombe. Il faut partir.

Arbeit macht frei. L'horrible devise me tourne le dos.

Il faut partir.
Terrible journée mémorielle.
Terriblement inoubliable.

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Bref, j’ai pris un café avec Lassana Bathily

Lassana Bathily
« Oui, bonjour Elodie. Est-ce que ça te dirait de m’accompagner à la cérémonie de naturalisation de Lassana Bathily mardi prochain ? »

Forcément, j’ai dit oui. Et puis mon cher calendrier s’est rappelé à moi et je n’ai pas pu y assister. Mais franchement, quand j’ai vu les images, cette cohue, cette bousculade, ces hordes de journalistes qui jouaient des coudes, je me suis dit que je n’avais pas loupé grand-chose et que, de toute façon, je n’aurais pas pu l’approcher. 
« Elodie ? Oui, dis-moi, ça te dirait de rencontrer Lassana Bathily avant qu’il ne reparte au Mali ? On pourrait faire ça tranquillement au foyer, autour d’un café. On pourrait prendre des photos avec Cécilia et tu pourrais rédiger un truc sur ton blog, non ? »

Cette fois-ci, pas question de me désister. Rendez-vous est pris dans le foyer pour jeunes travailleurs où il vit depuis plus d’un an. 

Je ne saurais trop expliquer le sentiment que j’ai ressenti quand je lui ai serré la main. Il avait l’air content de nous voir. Mais vraiment hein.
On s’est installé tranquille autour d’un café et je lui ai demandé de me parler de lui, de me raconter ce qu’il avait envie de raconter.

Il est arrivé en France le 10 mars 2006, puis à Paris le lendemain, après avoir transité par Mulhouse, laissant derrière lui « au bled » une partie de sa famille. A partir de cette date, il enchaîne les boulots : dans le bâtiment, menuisier, plombier, électricien… A mon avis, il pourrait me construire une maison de A à Z, mais ça c’est une autre histoire. Ensuite, il a bossé pour une entreprise de nettoyage. Mais ça lui plaisait moyen car les horaires étaient fragmentés et irréguliers, bref : la galère.

En 2012, il dépose son CV à l’HyperCacher, en mode candidature spontanée. Un de ses potes y bosse déjà. Mais le gérant d’alors n’a pas de poste à lui offrir. Et finalement, 3 jours plus tard, il est embauché dans le supermarché de la Villette qui doit ouvrir pour Pessah. Il décroche un CDI et 8 mois plus tard, il intègre l’équipe de l’HyperCacher de la Porte de Vincennes.

Je ne lui ai pas posé de question sur la journée du 9 janvier 2015. Pour plusieurs raisons : j’étais un peu gênée et je ne savais pas comment aborder la question, et puis surtout, on trouve le récit de la journée en long, en large et en travers sur le web.

Je l’ai donc laissé parler, à sa guise, au gré de ce qu’il avait envie de me confier. Il a évoqué le moment où il est sorti du magasin, quand il s’est sauvé. Il m’a raconté comment les forces de l’ordre lui sont tombées dessus. Il ne comprenait pas ce qu’ils lui disaient, ils parlaient tous en même temps, ils criaient, ils lui hurlaient tous en même temps de se coucher à terre. Ça a été hyper violent, Lassana a été menotté et il a immédiatement compris que c’était parce qu’il était noir et que donc, les forces de l’ordre l’avait pris pour Amédy Coulibaly. Il me montre en mimant la situation comment il a été interpellé et se souvient qu’il avait encore mal aux poignets le lendemain. Il a même cru un moment que son épaule avait été déboitée.

Et puis immédiatement, comme s’il craignait que j’interprète mal ses propos, il me dit : 
« Mais je comprends hein. Ils ont cru que c’était moi. Il ont cru que j’étais lui ».
A aucun moment, Lassana ne prononce le nom du terroriste. Le seul prénom qu’il cite, c’est celui de son pote, celui qui est devenu son ami en dehors du boulot : Yohan.
Yohan Cohen, la première victime de Coulibaly.
Lassana est très ému quand il évoque son pote, son copain, son ami. 

A aucun moment de notre discussion, il ne parle de religion. C'est vrai que le symbole est fort: un musulman qui sauve des juifs. Mais Lassana n'en parle pas. A une autre époque, on l'aurait qualifié de "Juste".
Mais il n'en parle pas. Comme d'autres qui auraient été à sa place, il n'a pas réfléchi. A aucun moment, ni pendant ni après, il n'a eu le sentiment d'accomplir un acte héroïque. S'il comprend l'émoi et l'engouement suscité par ses actes ce jour-là, il a beaucoup de mal avec l'"héroïsation" dont il a été l'objet.
Il m'a dit qu'il avait beaucoup de mal à assumer ce "statut", beaucoup de mal à supporter d'être alpagué, reconnu à chaque coin de rue, un peu comme un people. Du coup, il m'explique qu'il se planque "en mode ghetto" en relevant sa capuche sur son bonnet pour passer inaperçu.

Je lui ai parlé de la pétition qui avait été lancée en faveur de sa naturalisation et de la Légion d'Honneur. Il n'en a pas eu connaissance tout de suite et d'ailleurs, François Hollande l'avait déjà contacté pour lui annoncer qu'il serait naturalisé dans les prochains jours. Quand il évoque ce coup de téléphone avec le Président, il sourit et son regard se perd dans le vide, comme si lui-même avait encore du mal à réaliser tout ce qui s'est passé en si peu de temps.
Dans les jours à venir, Lassana va repartir au Mali voir sa famille. A son retour, il retrouvera son poste à l'HyperCacher, qui n'a pas encore rouvert. Il y retournera, sans son pote et, sans aucun doute, il n'y retournera plus jamais comme avant. Dès le 10 janvier, il voulait repartir au Mali, mais ses papiers ne lui avaient pas été rendus. 

Le début de l'année 2015 a été terrible pour Lassana car, à cet attentat terrible dans lequel son pote a trouvé la mort, s'ajoute également la mort de son frère au Mali. Très ému, il semble dépassé par les évènements et n'aspire qu'à l'oubli pour reprendre une vie normale entre Paris et le Mali.

Au moment de lui dire au revoir, j'étais vraiment très impressionnée. Mais pas parce que j'avais un héros en face de moi. Non.

J'étais impressionnée parce qu'en écoutant Lassana me raconter son mois de janvier, j'ai compris qu'il n'était pas un héros. Il est simplement la preuve qu'il y a encore du bon dans l'humain. 

Il incarne la bonté, la douceur et la gentillesse.
Il n'est pas un héros. Il est désormais un citoyen français qui n'aspire qu'à reprendre le cours normal de sa vie. Si tant que cela soit possible.

Je luis souhaite d'y parvenir.

Merci Lassana d'avoir illuminé ma journée du 26 janvier 2015. 

Lassana Bathily

Vous pouvez voir les photos de Cécilia en cliquant ici.

lundi 19 janvier 2015

Après le "Je suis Charlie", le "oui mais..."

Source
Depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l'HyperCacher et après que 4 millions de Français, et plusieurs centaines de milliers de personnes de par le monde, aient manifesté leur soutien à la liberté d'expression, fleurissent un peu partout sur le web et ailleurs des "oui mais".
  • On peut se moquer des religions oui mais il ne faut pas caricaturer le Prophète.
  • On peut se moquer de l'islam oui mais il ne faut pas caricaturer le Prophète.
  • On peut être athée oui mais il ne faut pas taper sur les religions, toutes les religions.
Pas taper.
  • On peut défendre la liberté d'expression oui mais à condition qu'on ne vanne personne et qu'on ne se moque pas de l'islam.
Poursuivons..
  • On peut défendre l'avortement oui mais ça choque les puristes et / ou certaines religions.
  • On peut défendre le mariage homosexuel oui mais ça choque... les mêmes.
  • On peut faire des blagues sexistes oui mais ça choque les féministes.
  • On peut faire des blagues oui mais à condition de ne pas vexer "les gens".
Non mais sans déconner ? C'est une blague ou quoi ? Ah non pardon, c'est pas une blague.

Jusqu'à preuve du contraire, les caricatures de Charlie Hebdo ne portaient pas la mention "Musulmans, bande d'enculés" ou "Les youpins, vous nous faites chier" ou encore "Cathos, bande de cons". Si?

Donc, à force de croire que tel ou tel caricaturiste "met de l'huile sur le feu", on va arriver à ça:
  • Vous pouvez vous moquer des religions à condition de ne jamais caricaturer le Prophète, ni Dieu, ni leurs potes.
  • Vous pouvez vous moquer de l'islam mais sans caricaturer personne.
  • Vous pouvez être athée (merci, trop aimable) mais vous n'avez pas le droit de caricaturer les religions.
  • Vous êtes libres de dire ce que vous voulez dès lors que vous ne vous moquez pas des religions.
  • Vous pouvez être favorable à l'avortement mais ne le criez pas trop fort.
  • Idem pour le mariage homosexuel.
  • Il est interdit de faire des blagues sexistes.
  • Vous pouvez blaguer à volonté à condition que nous vexiez personne.
C'est à se demander si un jour, les seules blagues autorisées ne seront pas celles de Toto... les Guignols passeront à la moulinette du comité de censure des intégristes musulmans, Cabu sera convoqué toutes les semaines chez Osez le Féminisme, Charlie Hebdo sera soumis au comité de vigilance des wannabee djihadistes, Luz sera convoqué tous les mardis chez Christine Boutin, Nicolas Bedos devra faire valider ses chroniques par le CFCM et ainsi de suite.

A un moment, faut arrêter les conneries 2 secondes. Et puisque certains sont "profondément choqués" par les caricatures de Charlie, j'aimerais bien que ces mêmes-là nous disent s'ils sont choqués - ou pas - par les exactions des terroristes islamofascistes de Daech ou Boko Haram, qui excisent les femmes et les fillettes, qui décapitent, qui violent, qui pillent, qui lapident à volonté et sans modération.

Ah ? Ils sont choqués aussi ? Tant mieux, ça me rassure.

Ou pas.

dimanche 18 janvier 2015

C'est le jour du Seigneur: blasphémons tous ensemble !

Je viens de lire le billet de Seb. Court, concis et clair: je suis d'accord avec lui et je cautionne chacun de ses propos.
Moi aussi je suis athée. Mais alors complètement.

Comme les 3/4 des Français qui sont aux deux tiers athées, je connais la symbolique des grandes fêtes religieuses, dont je me fous totalement les 3/4 du temps.

Je mange comme un gorette à Noël, je mange de la galette et je tire les rois (spéciale dédicace à mes commentateurs graveleux) même si j'aime pas trop quand elle s’effrite, je ne mange pas de gigot à Pâques parce que je n'aime pas ça, je participe au ramassage des cloches de Pâques (qui n'ont de cloches que le nom puisqu'elles ont souvent la forme de gallinacées) pour faire plaisir à mes neveux... Bref, je fais la fête les jours cathos, uniquement pour me goinfrer. Et quand je suis invitée à un mariage ou à un enterrement religieux, je m'arrange pour m'asseoir avec les mauvais élèves, mécréants comme moi, au fond de l'église et j'essaie dans la mesure du possible de ne pas perturber la chose, histoire de ne pas aller en Enfer trop vite. C'est important de prendre son temps.
Je suis donc une athée lambda. Et je ne suis même pas baptisée car mes parents, dont mon père libre-penseur, ont préféré me laisser le choix. Merci à eux.

Merci à eux car quand je vois le bordel actuel, je suis bien contente de ne pas revendiquer d'appartenance à telle ou telle religion.

Du coup, en ce dimanche 18 janvier 2015, jour du Seigneur (lequel? On se demande...), je propose à tous les mécréants de blasphémer dans la fraternité et la paix.

Ou sinon, on peut aussi déménager à Groland.



mercredi 14 janvier 2015

Best of Manuel Valls - 13 janvier 2015

Une fois n'est pas coutume et, toi qui passes par là souvent, tu sais que je suis loin d'être une vallsophile.
Mais hier, à la reprise de la session parlementaire après les évènements tragiques qui ont secoué le pays la semaine dernière, je me devais d'allumer LCP et de suivre la chose.
Et bien, je n'ai pas été déçue. D'abord cette minute de silence qui devient une Marseillaise fière et unanime. Du jamais vu depuis la séance du 11 novembre 1918. Puis la standing ovation à Manuel Valls à la fin de son discours.
Et pour cause. Même moi, j'étais pendue à son discours, et j'ai adhéré à tout ce qu'il a dit. Je n'en retirerais rien. Mais je ne vais pas copier-coller la totalité de la chose ici.
Tu peux cliquer là si tu as loupé l'évènement.

"Les terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, des salariés. Les terroristes ont tué des personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d’origine, d’opinion et de croyance. Et c’est toute la communauté nationale que l’on a touchée. Oui, c’est la France qu’on a touché au cœur.
Ces 17 vies étaient autant de visages de la France et autant de symboles : de la liberté d’expression, de la vitalité de notre démocratie, de l’ordre républicain, de nos institutions, de la tolérance, de la laïcité"
[...]
"Il faut toujours dire les choses clairement : oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical. La France n’est pas en guerre contre une religion. La France n’est pas en guerre contre l’islam et les Musulmans. La France protègera, et le président de la République l’a également rappelé ce matin, la France protègera, comme elle l’a toujours fait, tous ses concitoyens, ceux qui croient comme ceux qui ne croient pas."
[...]
"Je tiens à saluer, là aussi, le travail de nos services de renseignement : DGSI, DGSE, Service du renseignement territorial. A saluer aussi la justice antiterroriste. La tâche de ces femmes, de ces hommes est par essence discrète et immensément délicate. Ils font face à un défi sans précèdent, à un phénomène protéiforme, mouvant qui se dissimule aussi ; et parce qu’ils savent travailler ensemble ils obtiennent des résultats.
A cinq reprises, en deux ans, ils ont permis de neutraliser des groupes terroristes susceptibles de passer à l’acte."
[...]
"Mesdames et Messieurs les députés, les épreuves tragiques que nous venons de traverser nous marquent, marquent notre pays et marquent notre conscience. Mais nous devons être capables de poser rapidement à chaque fois un diagnostic lucide aussi sur l’état de notre société, sur ses urgences. Ce sont des débats que nous aurons l’occasion évidemment de mener.
Je vais en dire quelques mots, en m’excusant de prendre plus de temps que nécessaire à ce qui était prévu.
Le premier sujet qu’il faut aborder clairement, c’est la lutte contre l’antisémitisme.
L’histoire nous l’a montré, le réveil de l’antisémitisme, c’est le symptôme d’une crise de la démocratie, d’une crise de la République. C’est pour cela qu’il faut y répondre avec force. Après Ilan HALIMI, en 2006, après les crimes de Toulouse, les actes antisémites connaissent en France une progression insupportable. Il y a les paroles, les insultes, les gestes, les attaques ignobles, comme à Créteil il y a quelques semaines qui, je l’ai rappelé ici dans cet hémicycle, n’ont pas soulevé l’indignation qui était attendue par nos compatriotes juifs dans le pays. Il y a cette inquiétude immense, cette peur que nous avons les uns et les autres sentie, palpée samedi dans la foule devant cet HYPER CACHER porte de Vincennes ou à la synagogue de la Victoire dimanche soir. Comment accepter qu’en France, terre d’émancipation des juifs, il y a deux siècles, mais qui fut aussi, il y a 70 ans, l’une des terres de son martyre, comment peut-on accepter que l’on puisse entendre dans nos rues crier « mort aux juifs » ? Comment peut-on accepter les actes que je viens de rappeler ? Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés par ce qu’ils sont juifs ? Comment peut-on accepter que des compatriotes ou qu’un citoyen tunisien, que son père avait envoyé en France pour qu’il soit protégé alors qu’il va acheter son pain pour le Shabbat, meurt parce qu’il est juif ? Ce n’est pas acceptable et à la communauté nationale qui peut-être n’a pas suffisamment réagi, à nos compatriotes français juifs, je leur dis que cette fois-ci, nous ne pouvons pas l’accepter, que nous devons là aussi nous rebeller et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l’on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’Etat d’Israël, et qui prône la haine du juif et de tous les juifs. Il faut le dire, il faut poser les mots pour combattre cet antisémitisme inacceptable !
Et comme j’ai eu l’occasion de le dire, comme la ministre Ségolène Royal l’a dit ce matin à Jérusalem, comme Claude Lanzmann l’a écrit dans une magnifique tribune dans Le Monde, oui, disons-le à la face du monde : sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. Et ce message, c’est à nous tous de le clamer haut et fort. Nous ne l’avons pas dit ! Nous ne nous sommes pas assez indignés ! Et comment accepter que, dans certains établissements, collèges ou lycées, on ne puisse pas enseigner ce qu’est la Shoah ? Comment on peut accepter qu’un gamin de 7 ou 8 ans dise à son enseignant quand il lui pose la question « quel est ton ennemi ? » et qu’il lui répond « c’est le juif » ? Quand on s’attaque aux juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais!"
[...]
"L’autre urgence, c’est de protéger nos compatriotes musulmans. Ils sont, eux aussi, inquiets. Des actes antimusulmans inadmissibles, intolérables, se sont à nouveau produits ces derniers jours. Là aussi, s’attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière, c’est une offense à nos valeurs. Et le préfet LATRON a en charge à la demande du ministre de l’Intérieur en lien avec tous les préfets de faire en sorte que la protection de tous les lieux de culte soit assurée. L’Islam est la deuxième religion de France. Elle a toute sa place en France. Et notre défi, pas en France, mais dans le monde, c’est de faire cette démonstration : la République, la laïcité, l’égalité hommes / femmes sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national qui acceptent les principes et les valeurs de la République. Mais cette République doit faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande intransigeance, face à ceux qui tentent, au nom de l’Islam, d’imposer une chape de plomb sur des quartiers, de faire régner leur ordre sur fond de trafics et sur fond de radicalisme religieux, un ordre dans lequel l’homme domine la femme, où la foi, oui madame la présidente POMPILI, vous avez eu raison de le rappeler, l’emporterait sur la raison."
[...]
"Ce débat, il n’est pas entre l’Islam et la société. C’est bien un débat au sein même de l’Islam, que l’islam de France doit mener en son sein, en s’appuyant sur les responsables religieux, sur les intellectuels, sur les Musulmans qui nous disent depuis plusieurs jours qu’ils ont peur. Je l’ai déjà rappelé, comme vous tous j’ai des amis français, de confession et de culture musulmane. L’un de mes plus proches amis m’a dit l’autre jour, il avait les yeux plein de larmes et de tristesse, qu’il avait honte d’être musulman. Eh bien moi je ne veux plus que dans notre pays il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des Musulmans qui aient honte parce que la République elle est fraternelle, elle est généreuse, elle est là pour accueillir chacun."

mardi 13 janvier 2015

De la tristesse et des claques dans la tronche

C'est les larmes dans les yeux que je prends le clavier. Et ce n'est pas une figure de style.
C'est comme si j'accusais le coup maintenant, après coup.
Les hommages, les témoignages, les déclarations s'enchaînent les unes après les autres et c'est comme si je me prenais dans la tronche, là tout de suite maintenant, la réalité des faits: Charlie Hebdo, Montrouge, Vincennes, la Marche républicaine. Comme si j'avais appuyé sur replay et que j'imprimais tout, là tout de suite maintenant, en accéléré. 

Et je me prends une claque dans la tronche.

Des gens cherchent des fautifs. Jean Roucas, que j'ai envie d'insulter copieusement, là tout de suite maintenant, fait porter le chapeau à Christiane Taubira. C'est tellement facile. Tellement con et tellement peu digne.

Des gens attendaient des annonces choc de François Hollande dès vendredi soir. Genre :
"Françaises, Français, j'ai bien réfléchi cette nuit pendant mon insomnie et je vous annonce un Patriot Act. Vous serez tous-tes sur écoute, vous ne pourrez plus aller et venir comme vous l'entendez et je vous emmerde. C'est moi le Président, je fais ce que je veux."
Charlie Hebdo sortira demain. Et comme toutes les semaines ou presque depuis que je ne suis plus abonnée, j'irai l'acheter. J'ai été abonnée pendant 5 ans. Et puis après, au chômage, j'avais plus de tunes donc j'ai résilié l'abonnement. Et puis finalement, je continuais quand même à "aller chercher Charlie" un peu comme on va "chercher le pain".

La Une de demain est parfaite. Une double tête de bite en couv, bien joué Luz.

Quand la Une a été dévoilée hier, immédiatement, "les gens" ont commenté, et moi la première. Sur la page Facebook de Metronews, certains commentaires qui suivaient m'ont affligée:
  • "Putain, ils recommencent, c'est abusé"
  • "Laissez notre prophète tranquille"
  • "Sérieux, arrêtons de mettre de l'huile sur le feu"
  • "Et ça alors? C'est pas de l'incitation à la haine?"
Des claques dans la tronche.
Non ce n'est pas une incitation à la haine. Quand je vois cette Une, je ne le déteste pas Mahomet. Je m'en tape. Je le trouve certes un peu ridicule avec sa tête de bite, mais je ne le déteste pas. Donc la soit-disant incitation à la haine ne prend pas sur moi.
Par contre, ce connard de Dieudonné qui se sent comme "Charlie Coulibaly" est un bouffon, un triste sire, un saltimbanque de caniveau, un sombre blaireau dont les propos résonnent comme un dogme dans la tête vide des gus qui l'admirent. Et selon moi, ses propos sont bien plus incitatifs à la haine que cette Une de Charlie.

On veut fliquer internet, fliquer les réseaux sociaux. Très bien. Je n'ai pas peur de le dire, je m'en contrecarre du moment qu'on réduit à peau de chagrin les tribunes 2.0 des djihadistes, des islamofachos, des extrémistes et de tous ces bouffons qui, s'ils vivaient dans les pays qu'ils prennent en modèles, se seraient déjà pris what1000 coups de fouet sur la place publique.

La droite réclame un Patriot Act ? Bullshit ! Ils sont cinglés. Cette même droite qui a dézingué l'école, les emplois jeunes, les effectifs de police, les travailleurs sociaux. Cette même droite qui, par sa politique absurde, a réduit à néant les moyens humains de prévention des dérives sectaires et extrémistes, réclame aujourd'hui le contraire de ce dont nous avons besoin.

Ouhlà là là, quelle horreur! Elle fait de la récupération politique, c'est moche.

Non. Et je vais te le prouver. Le seul mec de droite sensé que j'ai entendu ces derniers jours, c'est Claude Guéant. Et inutile de te rappeler le peu d'estime que j'ai pour lui:
"L'expérience prouve que c'est dans la crise qu'on arrive à apporter des réponses d'un niveau supérieur aux questions qui se posent. Il faut prendre garde à ce que ces réponses soient respectueuses des principes de liberté. On ne va pas faire n'importe quoi. Certains ont évoqué l'éventualité d'un Patriot Act à la française. En caricaturant je dirais qu'il est hors de question de faire Guantanamo en France".
Il a raison. Ce dont nous avons besoin c'est de prévention ET de répression contre les islamofachos qui fantasment sur une société moyenâgeuse dans laquelle il nous faudrait l'aval d'Allah himself avant de pouvoir parler, écrire ou dessiner.

La prévention, elle doit se faire sur le terrain, à l'école, dans la rue, dans les prisons, dans les quartiers comme on dit, auprès des gens, auprès des jeunes, de leurs parents, de leurs éducateurs, dans les lieux de culte...etc. La répression, c'est maintenant, pour tous les cinglés qui se sentent investis d'une mission divine en s'engageant dans une guerre sainte - bel oxymore soit dit en passant - et en faisant la navette entre ici et la Syrie ou l'Irak ou toute autre joyeuse destination guerrière.

Quant à la protection, on y est: 
  • 4700 policiers et gendarmes sont d’ores et déjà mobilisés pour assurer la protection des lieux cultuels, culturels et des écoles confessionnellesUn préfet, Patrice Latron, a été nommé pour en assurer la coordination. Ces lieux feront l’objet « d'une protection puissante et durable ».
  • Les juifs ET les musulmans sont protégés. Le ministre de l’Intérieur s’est rendu ce lundi à la synagogue, à la mosquée et à l’école Ozar Hatorah de Sarcelles pour s’en assurer et pour appeler à un travail de fond pour vivre ensemble.
Moi aussi j'ai applaudi les flics dimanche quand ils ont fendu la foule avec leurs fourgons de la,Place de la République au Boulevard Saint-Martin. Parce qu'ils ont fait du bon boulot. Et quand je dis ça, on me répond: "Quel boulot? D'avoir buté un mec qui avait laissé sa carte d'identité dans sa bagnole?" Qu'est-ce que tu veux que je réponds à ça?

L'ami Marco s'interroge sur l'après, le maintenant. Et il a raison. Moins de 48 heures après un élan citoyen sans précédent, que faire maintenant?
  • Contraindre les musulmans de France à condamner publiquement et un par un les actes terroristes de trépanés qui se revendiquent de la même religion qu'eux?
  • Expliquer aux uns et aux autres que les musulmans ET les juifs sont équitablement protégés dans notre pays?
  • Expliquer que, oui c'est normal que François Hollande porte une kippa quand il va à la synagogue de même que c'est normal qu'il se déchausse quand il va à la mosquée?
  • Expliquer aux autres que, non tous les musulmans de France ne sont pas extrêmistes?
  • Prouver que tous les paumés de France ne sont pas des djihadistes en puissance?
  • Refaire une loi sur la liberté d'expression pour expliquer aux Dieudo's que, non l'incitation à la haine et l'apologie du djihadisme ne font pas partie de la liberté d'expression?
Sans doute un peu de tout ça oui. Mais quand je lis les déclarations des uns et des autres, quand j'entends certaines réactions, j'ai vraiment envie de distribuer des claques dans la tronche... 
 
Ce qui n'est pas une solution non plus, j'en conviens.

samedi 10 janvier 2015

Nous sortirons encore plus forts #JesuisCharlie

A la lecture des blogs de droite, des blogs très à droite et de ceux des réacs poilus des oreilles et du nez, j'en arrive à me demander s'ils n'auraient pas carrément préféré que tout le monde crève dans ces attentats: otages, terroristes, enfants et flics inclus.
Pour pouvoir ensuite dire: "Voyez bien qu'on est dirigés par une bande d'incapables!"
Oui mais non.
Ils l'ont prouvé et ça, ça leur fout les boules aux réacs poilus et aux blogueurs et twittos de droite (certains hein... Pas tous fort heureusement).

"Mes chers compatriotes,
La France a été attaquée trois jours de suite : mercredi, avec l’attentat contre CHARLIE HEBDO, qui a fait douze morts et plusieurs blessés graves ; jeudi, avec le meurtre d’une policière municipale et l’agression d’un employé de Montrouge ; et aujourd’hui, avec deux prises d’otages dont l’une à Paris, Porte de Vincennes, qui a fait quatre morts.
La France a fait face. D’abord, j’exprime toute ma solidarité aux familles, aux victimes, aux blessés. La France a fait face, parce que quand elle surmonte une épreuve, c’est une tragédie pour la Nation et c’est une obligation pour nous, d’y faire face.
Les assassins ont été mis hors d’état de nuire grâce à une double intervention : l’une à Dammartin-en-Goële dans un entrepôt, l’autre Porte de Vincennes, dans le magasin casher. Je veux saluer le courage, la bravoure, l’efficacité des gendarmes, des policiers, de tous ceux qui ont participé à ces opérations. Je veux leur dire que nous sommes fiers, fiers d’eux car quand l’ordre a été donné, ils ont porté l’assaut dans le même mouvement et avec le même résultat. Ils l’ont fait pour sauver des vies humaines, celles des otages. Ils l’ont fait pour neutraliser les terroristes, ceux qui avaient assassiné.
Mais la France, même si elle est consciente d’avoir fait face, même si elle sait qu’elle peut disposer avec les forces de sécurité, d’hommes et de femmes capables de courage et de bravoure, la France n’en a pas terminé avec les menaces dont elle est la cible.
Je veux vous appeler à la vigilance, à l’unité et à la mobilisation. La vigilance, c’est d’abord à l’Etat d’en faire la démonstration. Avec le Premier ministre, j’ai encore renforcé tous les moyens pour protéger nos lieux publics et faire en sorte que nous puissions vivre tranquillement sans à aucun moment pouvoir être dans l’objet d’une menace ou d’un risque. Mais nous devons être vigilants.
Je vous appelle aussi à l’unité, car je l’avais exprimé devant les Français, c’est notre meilleure arme. Nous devons démontrer notre détermination à lutter contre tout ce qui pourrait nous diviser et d’abord être implacables à l’égard du racisme et de l’antisémitisme. Car aujourd’hui, dans ce magasin casher, c’est bien un acte antisémite effroyable qui a été commis.
Ne pas nous diviser, cela veut dire que nous ne devons faire aucun amalgame, refuser aucune facilité, écarter toute surenchère. Ceux qui ont commis ces actes, ces terroristes, ces illuminés, ces fanatiques, n’ont rien à voir avec la religion musulmane.
Enfin, nous devons nous mobiliser. Nous devons être capables de répondre aux attaques par la force lorsque nous sommes obligés de l’utiliser, mais également par la solidarité. Cette solidarité, nous devons en montrer toute l’efficacité. Nous sommes un peuple libre qui ne cède à aucune pression, qui n’a pas peur, parce que nous portons un idéal qui est plus grand que nous et que nous sommes capables de le défendre partout où la paix est menacée. Je veux une fois encore saluer nos soldats qui font en sorte que nous prenions nos responsabilités face au terrorisme.
De nombreux chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier ont voulu nous exprimer leur solidarité. Plusieurs m’ont fait savoir qu’ils seront là lors du grand rassemblement de dimanche. Je serai avec eux et j’appelle tous les Françaises et les Français, à se lever ce dimanche, ensemble, pour porter ces valeurs de démocratie, de liberté, de pluralisme, auxquelles nous sommes tous attachés et que l’Europe d’une certaine façon représente.
Dans cette épreuve, je vous l’assure, nous sortirons encore plus forts.
Vive la République et vive la France." 
François Hollande, Élysée, 9 janvier 2015, 19h45.