mardi 22 avril 2014

Délinquance et immigration: il est beau Le Progrès!

Bembelly et GrandLudo en ont parlé: le journal Le Progrès vient de publier une infographie classant les délits en fonction de l'origine des délinquants. 
Mais là où le journal fait fort en matière de grand n'importe quoi, c'est qu'il mélange allègrement origine géographique, sociale, toxicomanes, locaux et "autres"... Tout en mélangeant tout et n'importe quoi, du vol de ferraille au trafic de stupéfiants, en passant par la prostitution.


En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, Florian Philippot faisait sous lui à la lecture de ce papier torchon.

Cette infographie ne comporte ni source, ni légende. On ne sait pas d'où Le Progrès tient ces statistiques et on ne sait pas non plus s'il parle d'étrangers ou de Français d'origine étrangère. Ce n'est pas tout à fait la même chose me semble-t-il. Mais quand bien même.
Quel est l'intérêt d'une telle infographie (sans chiffres par-dessus le marché) sinon celui d'en arriver à la conclusion que, quel que soit le délit, les étrangers sont partout, tout est de leur faute et si on les renvoyait chez eux, adieu la délinquance?

Le Progrès aurait pu rappeler par exemple qu'en 2010, sur 940 000 infractions dont 93,4% relevaient de délits (infractions routières, stupéfiants, vols et recels, violences physiques), la part des condamnés d'origine étrangère n'étaient que de 12,7% (source).

"Que"? Je te vois venir amis réac, tu vas me dire que 12,7% c'est déjà beaucoup quand on sait que les Français d'origine étrangère ne sont que 6% dans la totalité de la population. Et puis après tu vas me dire que 6%, c'est encore trop et patati et patata.

Une fois qu'on sait ça et qu'on relit le papier du Progrès, on pourrait finalement rajouter la mention "locaux" à côté de chacun des délit listés. Mais passons.

Personnellement, je me fous pas mal de savoir qui a volé ma bagnole en 2008 ou comment s'appelle celui qui a voulu me tirer mon sac en 2007, de même que je me fous de savoir d'où vient celui qui m'a insultée dans le centre-ville de Yerres soit-disant parce que j'ai traversé au mauvais endroit (alors qu'en fait j'étais sur les clous... Oui à Yerres, on a des clous. Des vrais).
Mais en fait je le sais puisque j'ai vu leur tronche. Bah quoi? Tout le monde sait qu'on peut déterminer rien qu'au faciès si Machin ou Truc est français ou pas non? 
Non? On peut pas? Ah bah mince, faudrait le dire à nos amis réacs.
En tous cas, pour celui qui a volé ma bagnole, comme j'étais au tribunal, j'ai bien vu qu'il était bien de chez nous comme on dit. Un bon "de souche" qui ravirait les fachos.
Mais je m'égare.

Plutôt que de montrer du doigts les étrangers et / ou Français d'origine étrangère (car je n'ai toujours pas compris de qui parle Le Progrès), il me semble qu'il serait plus intéressant de se demander pourquoi, alors que la France ne compte que 6% de Français d'origine étrangère, ils représentent 12,7% des condamnés de 2010?

Aaaaah... Ce "pourquoi"... Cette question que l'extrême-droite fuit, nie et à laquelle elle n'a jamais répondu.

Peut-être serait-il intéressant de se demander:
  • dans quelles conditions vivent ces délinquants
  • quelles sont leurs ressources
  • quelles sont leurs niveaux d'études
  • s'ils sont récidivistes
  • dans quelles régions ils vivent
  • quel âge ils ont
Et alors on aurait une véritable étude sociologique. Ah oui mais pardon, ce genre d'études existe déjà... C'est moins vendeur que de montrer du doigt les étrangers. Suis-je bête.

Quoi qu'il en soit, un délinquant est un délinquant et sauf erreur de ma part, il n'y a pas de raison de le traiter différemment selon qu'il soit français, étranger ou français d'origine étrangère.
Car on sait que "nombre de délits constatés sont apparentés à une délinquance dite "de pauvre" et à la dégradation de la situation des quartiers pauvres : il faut alors mesurer la corrélation entre conditions socioéconomiques et type de délits commis." (source)
Et jusqu'à preuve du contraire, nombre d'étrangers ou de Français d'origine étrangère vivent dans de mauvaises conditions socio-économiques. On sait également - même si ce n'est pas politiquement correct de l'admettre - que le délit de faciès existe et que les gens qui n'ont pas un faciès "de souche" sont bien plus contrôlés que les petits blancs bien proprets sur eux.

Y'a pas à dire, c'est beau le progrès...

lundi 21 avril 2014

Le Sénat adopte le projet de loi sur l'égalité femmes-hommes

Alors qu'on  célèbre ce jour le 70ème anniversaire du droit de vote des femmes, j'apprends, un peu en retard il faut bien l'avouer, que le Sénat a adopté vendredi 18 avril le le projet de loi pour l'égalité entre les femmes et les hommes défendu par Najat Vallaud-Belkacem.
Et en l'état s'il vous plaît.
Autrement dit, en maintenant l'article supprimant la notion de "situation de détresse" pour les femmes demandant une IVG.

Les débats ont encore rasé les pâquerettes. L'inverse eut été surprenant.
Le Sénat a estimé que l'article, visant à supprimer du Code de la santé publique la notion de "situation de détresse" pour les femmes enceintes demandant à un médecin l'interruption de leur grossesse, était conforme à la loi. 
On passe donc de:
"La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l'interruption de sa grossesse."
à:
"La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin l'interruption de sa grossesse."
L'UMP, toujours à la pointe en matière d'avancée pour les droits des femmes, a déposé un amendement pour supprimer cette modification. Il a été rejeté à 189 voix contre 9. Et paf. 
Philippe Bas a défendu mordicus que oui les femmes qui avortent sont en situation de détresse:
"La loi Veil repose sur un équilibre, entre le principe du respect de l'être humain dès le commencement de la vie et la reconnaissance qu'une atteinte peut y être portée en cas de nécessité, associée au fait que l'interruption de grossesse est un acte médical demandé par une femme en situation de détresse [...] Cet article rouvre des conflits dans la société française sans utilité et introduit une contradiction dans la loi."
Ce à quoi  Esther Benbassa a répondu:
"Il est temps que la femme passe de l'état d'objet à l'état de sujet. Aucune femme ne pratique une IVG parce que cela lui fait plaisir [...] Vous vous fondez sur des éléments moraux ou religieux, auxquels tout le monde n'est pas sensible".
Voilà. Tout est dit. Merci Esther. 

Il est tellement évident qu'une IVG n'est pas une partie de plaisir que ça ne sert à rien de l'écrire. Les femmes ne sont pas connes au point d'aller pratiquer une IVG comme on va supermarché. Mais Philippe Bas, et d'autres avec lui, considèrent sans doute que si: que les femmes, ces êtres imprévisibles et fragiles ont besoin qu'on leur rappelle que non non non ce n'est pas bien, c'est mal, il faut réfléchir, on ne peut pas avorter comme ça sur un coup de tête.

Ce texte de loi ne portant pas que sur l'IVG, d'autres dispositions ont été prises, et notamment "un nouvel article qui transpose les dispositions relatives au harcèlement moral et au harcèlement sexuel dans le Code de la défense, afin d'assurer aux militaires les mêmes garanties que les agents de l'État. Enfin, il a rétabli une série d'articles qui instituent la parité parmi les personnalités qualifiées désignées au sein des conseils d'administration et de surveillance des établissements publics de l'État, les personnalités qualifiées et les représentants de l'État désignés au sein des conseils d'administration et de surveillance des entreprises publiques, et dans les conseils d'administration des établissements publics de coopération culturelle." (Le Point)

Je regrette néanmoins que Christine Boutin ne soit pas sénatrice, ça nous aurait encore donné une belle occasion de rigoler.

Retrouvez ci-dessous le communiqué de presse:
 


21 avril 1944: "Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes"

C'était il y a 70 ans.
Pour fêter ça, je suis devenue conseillère municipale et je suis pas peu fière comme dirait ma grand-mère qui votait pour la première fois en 1945.
Et c'est aussi par respect pour elle, ma grand-mère, que je me déplace chaque fois qu'il le faut pour aller voter. Je ne me suis jamais abstenue et je ne m'abstiendrai jamais.
La semaine dernière, mercredi 16 avril, toute la France ne parlait que de ça. On a célébré le droit de vote des femmes sur les chaînes d'infos en continu

Aujourd'hui, lundi 21 avril, je ne comprends toujours pas pourquoi il a été décidé de célébré cet évènement le 16.
Soit-disant parce que la décision d'octroyer le droit de vote aux femmes aurait été prise le 16 avril 1944.
Je trouve ça complètement absurde et c'est un non-sens historique.

Bref. C'était donc il y a 70 ans, jour pour jour et quand bien même la décision aurait été prise le 16 avril, c'est bien le 21 avril 1944 que le Gouvernement provisoire de la France à Alger adopte cette ordonnance.

Deux ans et demi plus tard, le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 inscrit ce principe dans les principes fondamentaux de la République : 

"la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme."

Didier Goux va être ravi car je vais bien écrire ici qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour accéder à une égalité totale entre hommes et femmes même si, bien évidemment, il est très clair que des avancées considérables ont été accomplies ces 70 dernières années.

C'est Fernand Grenier qui est à l'origine de cet amendement qui prévoit que les femmes doivent être électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes.

Et retrouvez ci-dessous l'intégralité des débats du 24 mars 1944 portant sur "l'amendement Grenier". 

M. le Président. - Je donne lecture de l'article 16 :
« Les femmes seront éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».
J'ai été saisi d'un amendement de M. Grenier ainsi conçu :
« Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».

M. Grenier. - Je ne reviendrai pas pour défendre mon amendement sur ce que j'ai déjà dit au sujet du vote des femmes.
Ce sont les mêmes considérations qui m'ont inspiré. Je pense que l'amendement de M. Prigent ayant été adopté par l'Assemblée, les femmes doivent voter, non seulement aux élections qui aboutiront à la Constituante, mais également à toutes les élections qui auront lieu dès la libération. 

M. le Président de la Commission. - Je dois rappeler que c'est à l'unanimité moins une voix que la Commission avait adopté le principe du vote des femmes, et que c'est à l'unanimité qu'elle avait estimé que les femmes ne voteraient pas aux élections provisoires qui auraient lieu en cours de libération.
Il ne s'agit pas d'apprécier les capacités, les mérites et les droits de la femme à voter, mais uniquement d'examiner les conditions de fait dans lesquelles elle va être amenée à exercer ce droit pour la première fois. N'oubliez pas que le délai de trois mois que nous avons prévu pour la reconstitution des listes électorales est extrêmement court, même pour des élections ordinaires. Or, le travail sera encore compliqué par l'absence des réfugiés, prisonniers et déportés. Si l'on doit ajouter les femmes sur ces listes les difficultés seront encore accrues. D'autre part, il est établi qu'en temps normal les femmes sont déjà plus nombreuses que les hommes. Que sera-ce à un moment où prisonniers et déportés ne seront pas encore rentrés ? Quels que soient les mérites des femmes, est-il bien indiqué de remplacer le suffrage universel masculin par le suffrage universel féminin ?
Enfin, je pense que la confection matérielle des listes électorales où, pour la première fois, figureront les femmes, donc des listes nouvelles, demandera beaucoup de temps. Si donc l'on admet les femmes à voter aux premières élections qui suivront la libération, on ouvre la porte à toutes sortes de fraudes et d'irrégularités dans cette période incertaine qui accompagnera les premières consultations populaires. Autant je considère que l'amendement de M. Prigent était fondé, autant j'estime qu'il n'y a pas lieu de retenir celui de M. Grenier. La Commission en demande donc le rejet. 

M. Antier. - Je ne partage pas l'avis de la Commission. Je considère que la France, hommes et femmes réunis, résiste dans son ensemble. Il serait donc injuste d'écarter les femmes des premières élections, d'autant plus que ces élections se dérouleront à l'échelon communal et départemental. La confection des listes est donc possible.

M. Poimbœuf. - J'avais, à la Commission, soutenu le vote des femmes dès les premières élections, et c'est uniquement parce qu'il apparaissait pratiquement impossible de dresser les listes dans le délai légal de trois mois que, par la suite, je m'y étais opposé. J'insiste sur le terme « pratiquement ». On pourrait donc, peut-être, envisager une prorogation de ce délai de trois mois, ce qui permettrait de concilier tous les points de vue. 

M. Grenier. - Je dois avouer qu'aucun des arguments exposés ne m'a convaincu. L'éloignement de leurs foyers de nombreux prisonniers et déportés qui ont été remplacés dans leurs tâches par leurs femmes, confère à ces dernières un droit encore plus fort de voter dès les premières élections. Quant à la confection matérielle des listes électorales, j'estime qu'il s'agit d'une question de bonne volonté et d'organisation dans chaque mairie. Il suffirait d'y employer un personnel suffisamment nombreux. On l'a bien fait pour les cartes de vêtements ou d'alimentation.
Je ne comprends pas non plus qu'on puisse supposer que nous demandons le vote féminin dès les premières élections pour faciliter je ne sais quelles irrégularités. Nous demandons simplement que toute la Nation soit appelée à se prononcer sur ceux qui la dirigeront, que ce soit à l'échelon municipal, départemental ou national.
Je dois d'ailleurs vous mettre en garde contre une réaction éventuelle de l'opinion publique. À la suite de nos derniers débats, le presse et la radio ont annoncé que le suffrage des femmes était décidé, et l'on n'a pas précisé s'il s'agissait d'élections suivant immédiatement la libération ou plus tardives. Si mon amendement n'est pas retenu, nous donnerons l'impression de nous être déjugés. (Applaudissements) 

M. Hauriou. - C'est le groupe des indépendants de la Résistance qui a proposé d'ajouter à l'article 1er du projet d'ordonnance sur les élections à l'Assemblée constituante, une disposition prévoyant le vote des femmes. Nous ne pouvons donc être suspectés d'hostilité à cet égard. Je voudrais cependant présenter quelques observations.
En premier lieu, je dois souligner que sous le biais des élections municipales, c'est en réalité tout le problème des élections provisoires qui suivront que nous abordons. Car si nous admettons les femmes à voter aux premières élections qui suivront la libération, il sera impossible de ne pas les admettre aux élections pour l'Assemblée nationale provisoire. Il faut bien savoir dans quelle voie nous nous engageons. Le groupe des résistants indépendants a admis que, s'agissant d'élections pour une représentation provisoire, il ne saurait être question de faire voter les femmes, car ceci ne manquerait pas de provoquer un déséquilibre dans le corps électoral.
Par contre nous ne formulons aucune réserve au suffrage féminin quand les conditions seront redevenues normales.
Il y a dans notre position une seconde raison. Nous souhaitons que le vote féminin réussisse. Or, si nous suivions M. Grenier dans son amendement, il serait à redouter que les femmes n'encourent des responsabilités et des reproches immérités, dans une consultation populaire où elles auraient eu la majorité.
Nous estimons que le premier essai de vote des femmes doit avoir lieu dans des conditions normales, et c'est pourquoi nous voterons contre l'amendement de M. Grenier. 

M. Antier. - La participation des femmes au suffrage universel est un droit qui n'est pas discutable. 

M. le Président de la Commission. - Je voudrais répondre d'un mot à M. Grenier quant aux irrégularités et aux fraudes qui risquent de se produire si les femmes sont admises à voter tout de suite. Il sera matériellement et techniquement impossible, étant donnés les délais restreints, de procéder à une constitution régulière des listes électorales. J'insiste donc pour le rejet de l'amendement. 

M. Ribière. - Au point de vue de la constitution de listes, je ne vois vraiment pas d'obstacles sérieux à l'admission des femmes. Notre collègue Grenier a judicieusement fait observer qu'il avait été possible, sans grandes difficultés, d'établir les cartes d'alimentation.
D'autre part, il faut reconnaître que les femmes qui sont en France et dont les maris sont prisonniers en Allemagne voteront dans le même esprit qu'auraient voté leurs maris. Refuser le droit de vote aux femmes pour ce premier suffrage serait à mon avis une injure pour les femmes. 

M. Grenier. - Il semble que l'argument décisif contre mon amendement soit celui de la difficulté d'établir des listes électorales complètes. Je fais observer que, même pour les électeurs masculins, il sera impossible d'obtenir des listes complètes. Si l'on annonçait dans les communes que toutes les femmes doivent se présenter à la mairie, munies de leurs pièces d'identité, les femmes se feraient elles-mêmes inscrire. Si certaines ne se dérangent pas, tant pis pour elles, elles ne voteront pas. De toute façon, j'estime qu'il vaut mieux une participation des femmes à 80 ou 90 % que pas de participation du tout. Il faut qu'ici chacun se prononce par oui ou par non. 

M. Vallon. - Je retrouve dans ce débat les traditions de l'ancien Parlement français dans ce qu'elles avaient de plus détestable. À maintes reprises, le Parlement s'est prononcé à la quasi unanimité pour le principe du vote des femmes, mais, chaque fois, l'on s'est arrangé par des arguments de procédure pour que la réforme n'aboutisse pas. 
Ces petits subterfuges doivent cesser (Applaudissements) ; il faut parfois savoir prendre des risques. 

M. Bissagnet. - L'amendement Grenier amènera un déséquilibre très net, car il y aura deux fois plus de femmes que d'hommes qui prendront part au vote. Aurons-nous donc une image vraie de l'idée du pays ? En raison de ce déséquilibre, je préfère que le suffrage des femmes soit ajourné jusqu'à ce que tous les hommes soient rentrés dans leurs foyers, et c'est pourquoi je voterai contre l'amendement. 

M. Charles Laurent. - Je tiens à préciser que ce n'est pas du tout la question des difficultés d'établissement des listes électorales, qui m'a amené à voter contre l'amendement, à la Commission. Le véritable argument est celui tiré du déséquilibre auquel M. Bissagnet vient de faire allusion.
Au moment où la population sera appelée à aller aux urnes, il y aura cinq millions d'absents, et les femmes seront, en France, deux fois et demi plus nombreuses que les hommes. Il est impossible d'envisager le suffrage dans ces conditions. Aussi voterai-je dans le sens demandé par la Commission. 

M. Darnal. - Je m'étonne pour ma part qu'on ait soulevé cet argument de déséquilibre. Est-ce à dire que les femmes françaises sont des déséquilibrées ? S'il peut y avoir déséquilibre, pourquoi alors a-t-on admis le vote des femmes lorsqu'il s'agit de questions aussi importantes que celles qui feront l'objet des élections à l'Assemblée nationale ? Devons-nous oui ou non légiférer pour sortir la France du marasme et de sa misère présente, et devons-nous nous attacher à des questions de procédure ?
La Résistance a dit, par la voix de M. Prigent, que nous avions résisté avec nos femmes et nos filles. Pourquoi alors les femmes n'apporteraient-elles pas leur concours intellectuel comme elles ont donné leur concours physique ? 

M. Valentino. - Jusqu'à présent, on a semblé approuver l'octroi du vote aux femmes au moment des élections à l'Assemblée constituante et refusé ce même droit lors des élections municipales provisoires.
J'ai voté en faveur du vote des femmes à l'Assemblée constituante, je voterai cependant contre l'amendement de M. Grenier. Il n'y a pas contradiction dans mon attitude car je suis pour le respect de la légalité républicaine.
Pour la Constituante, il s'agit de fixer de nouvelles règles pour la Constitution de la France, et les femmes doivent participer au vote.
Mais nous ne sommes pas une Assemblée législative, nous ne pouvons bousculer la légalité républicaine.
Notre rôle consiste à réparer les lézardes que Vichy a pu créer et les conséquences des défaillances humaines. Ce qui est indispensable c'est de renouveler l'Administration municipale en restant fidèle aux règles. 

M. Costa. - Après les arguments qui ont été présentés, je déclare que je voterai pour le vote « immédiat » des femmes. 

M. Poimbœuf. - L'observation que je vais faire semblera remettre en discussion, contrairement à toutes les règles de procédure, l'article 15 qui a déjà été adopté (*) ; en réalité elle ne fera qu'apporter une précision.
J'estime, eu égard aux arguments invoqués, que le délai imparti risque d'être trop court, et je demande que l'on ajoute à l'article 15 qui parle « d'un délai de trois mois » la disposition suivante : « sous réserve de la constitution des listes électorales ». (Mouvements divers). Cette réserve ne constitue pas un « torpillage » du projet ; j'admets que les élections devront avoir lieu dans un délai de trois mois, et que les femmes y seront appelées. Ce n'est que si le délai s'avère trop court qu'il y aura lieu de le proroger. Les élections ne seront reculées que dans le cas où les listes électorales ne pourraient pas être établies à temps (Mouvements divers). Je déclare, en tout cas, que je voterai pour la participation immédiate des femmes aux premiers votes. 

M. Duclos. - J'appartiens à un département, le Var, qui a connu un sénateur qui a lutté pendant de nombreuses années en faveur du vote des femmes. Aussi je saisis l'occasion qui m'est offerte de faire triompher la proposition, étant certain d'autre part d'exprimer le vœu des conseillers généraux. Les arguments présentés contre le vote des femmes ne me semblent pas pertinents. Les femmes des prisonniers et de ceux qui sont morts pour la Patrie remplaceront leurs maris. Quant à l'équilibre électoral, il est aisé de répondre que l'équilibre de la Nation a été rétabli par les sacrifices et le courage des femmes.
On a soulevé les difficultés d'ordre pratique qui ne manqueraient pas d'apparaître lors de l'établissement des listes électorales. Ces difficultés sont exagérées ; il sera très facile de se référer en la matière aux cartes d'alimentation. On me dira peut-être que les résultats numériques que fourniront ces cartes ne seront pas parfaits. Peut-être en effet, y aura-t-il quelques fraudes, mais les listes électorales d'antan étaient-elles parfaites ? Je prétends qu'il est possible de réduire considérablement les tripotages. Par un travail consciencieux et un contrôle sévère on aboutira à un double résultat heureux : réprimer les fraudes et rendre possible le vote des femmes. 

M. le Président de la Commission. - Je n'aurais pas repris la parole si l'intervention de M. Poimbœuf n'avait pas remis en question l'article 15 précédemment voté. Nous constatons les inconvénients que peuvent présenter les amendements soulevés au cours des débats. Ils sèment la confusion dans la discussion.
Quant à l'amendement Grenier, s'il était adopté, il aboutirait en fait à retarder les élections (Mouvements). Je n'ai aucun amour-propre à défendre, j'ai voté au sein de la Commission en faveur du vote des femmes et j'ai accepté au nom de la Commission l'amendement Prigent, mais il me semble impossible de constituer les listes électorales dans les délais impartis.
Pour les hommes, il sera possible de retrouver les listes de recrutement. Cet élément n'existe pas pour les femmes.
On vous a parlé des cartes d'alimentation. Mais M. Duclos a admis que les listes établies sur cette base pourraient ne pas être très régulières, et en dépit de ses espoirs je crains que des tripotages ne puissent être évités. C'est pour écarter ce grave problème d'irrégularité que je propose de réserver le vote des femmes pour les élections subsidiaires. 

L'amendement Grenier est mis aux voix par scrutin public. 

A la majorité de 51 voix contre 16 sur 67 votants, l'amendement est adopté. 

Ont voté pour : MM. Antier, d'Astier de la Vigerie, Aubrac, Aurange, Auriol, Billoux, Blanc, Bonte, Bourgoin, Bouzanquet, Buisson, R. P. Carrière, Claudius, Costa, Croizat, Cuttoli, Darnal, Debiesse, Duclos, Evrard, Fayet, Ferrière, Froment, Gazier, Gervolino, Giovoni, Girot, Grenier, Marty, Mayoux, Mercier, Mistral, Moch, Muselli, Parent, Poimbœuf, Prigent, Pourtalet, Rencurel, Ribière, Tubert, Vallon, de Villèle. 

Bulletins 4, 6, 7, 9, 11, 13, 14, 15. 

Ont voté contre : MM. Astier, Azaïs, Bosman, Cassin, Dumesnil de Gramont, Francke, Gandelin, Giacobbi, Hauriou, Jean-Jacques, Laurent, Maillot, Rucart, Valentino, Viard. 

Bulletin 3. 

En congé ou excusés : MM. Boillot, Ely Manel Fall, Seignon, Zivarattinam. 

N'ont pas pris part au scrutin : MM. Bendjelloul, Bissagnet, de Boissoudy, Cot, Guérin, Guillery, Lapie, Morandat, Serda et M. Félix Gouin qui présidait la séance. 

Supplément au Journal Officiel de la République française du 30 mars 1944, pp. 2-3 et 8 (scrutin).
(*) Article 15 : « Dès que dans un département l'établissement des listes électorales sera terminé, et au plus tard dans les trois mois suivant la libération de ce département, le Préfet sera tenu de convoquer le Collège électoral pour procéder à l'élection des municipalités et d'un conseil général provisoire. » 

Bon anniversaire donc à toutes celles qui ont voté pour la première fois il y a 70 ans. 

Edit: ce billet programmé pour aujourd'hui a été publié par erreur le 21 mars dernier alors qu'il était incomplet...

vendredi 18 avril 2014

Toi aussi, dessine ta nouvelle carte de France

C'est le site des Décodeurs qui propose de se mettre deux secondes dans la peau d'un cartographe éclairé. 

Pendant que les chaînes d'info continue s'égosillent autour de la démission d'Aquilino Morelle et qu'elles sont en mal de contradicteurs à droite, je me suis prêtée au jeu de la décentralisation.

Et voilà le résultat:


Je ne suis pas mécontente de moi, je crois que ça tient la route et que c'est assez crédible. Mais j'avoue que je n'ai pas été très impartiale. J'ai agrandi la Région Centre a qui j'ai modestement attribué le nom de Grand Centre. C'est un peu mon fief et j'estime qu'il mérite mieux.

J'ai intégré la Mayenne dans la Bretagne, comme ça mes amis qui ont quitté Miniac-Morvan pour Beaulieu-sur-Oudon redeviennent bretons et je sais qu'ils en seront ravis.

Manuel, Marylise, si vous me lisez, je suis à votre disposition.

Le double salto arrière de Jean-François Copé

Il y a longtemps que je n'ai pas rendu hommage à Jean-François Copé sur ce blog. Ça manquait.  

Faut dire qu'on ne l'entend plus guère. Entre la nomination de Manuel Valls, celle de Jean-Christophe Cambadélis, celle d'Harlem Désir, les déclarations de Manuel Valls ou la boule puante des pompes d'Aquilino Morelle qui ne saurait tarder à devenir une "affaire", il n'y a plus trop de place pour lui dans les médias.

Mais quand il arrive enfin à se propulser sous les projecteurs, il nous livre une des plus belles sorties dont lui seul a le secret.

Cette histoire de smic-jeunes qui a buzzé une demie-journée suite aux déclarations de Jean-Marie Le Guen qui, pour le coup, a manqué une occasion de la boucler, était une aubaine inespérée pour notre Jeff national, président de parti le moins populaire de toute l'Histoire. 

S'engouffrant dans la brèche, il déclarait hier, au sujet d'un SMIC au rabais pour les jeunes qu'il y était favorable. Et même plus tiens, il étendrait bien la mesure aux chômeurs de longue durée.

Soyons fous.
Jean-François Copé se range du côté des adeptes du Smic Jeunes. Après l'ex-directeur de l'OMC Pascal Lamy et le président du Medef Pierre Gattaz, le président de l'UMP a lui aussi fait savoir qu'il était favorable à l'instauration d'un salaire inférieur au Smic pour les jeunes et les chômeurs de longue durée.
"Si ça doit être un marchepied à un moment de la vie pour trouver un emploi, ça a du sens, a estimé ce jeudi Jean-François Copé. Ça doit se faire dans une logique de marchepied, rien de plus".
Cette idée d'emploi payés en dessous du Smic a provoqué un tollé à gauche et chez les syndicats. Le gouvernement l'a pour l'instant rejeté.
Et dans la foulée, notre Jeff national effectuait un double salto arrière en tweetant ça:


En voilà un autre qui a perdu une occasion de la boucler. Ça lui aurait éviter de gaspiller sa salive à dire des conneries et à se couvrir de ridicule sur les réseaux sociaux.

jeudi 17 avril 2014

Politic comic strips épisode 2

Bon j'avais dit que je ne savais pas si ce serait une série.
Mais comme j'ai un peu de temps et que l'actu est chargée, certains dessins valent parfois mieux que des mots.
Algérie, Ukraine, Valls, Hollande,Servier, Désir, la décentralisation... Tout y est.
Ou presque.
Enjoy.





mercredi 16 avril 2014

Malheur! Des femmes à bord!

De toutes les armées, la Marine a été la plus lente à se féminiser.
Tout ça à cause d'un foutu préjugé qui voulait que les femmes à bord portent malheur.
  • A cause de leurs règles qui déréglaient les boussoles.
  • A cause de la promiscuité des habitacles et des cabines.
  • A cause de la testostérone incontrôlable des hommes.
  • A cause de la fragilité naturelle des femmes qui les rend hystériques toutes les 30 secondes au bas mot.
Quelques semaines seulement après le tollé provoqué par la sortie du bouquin La Guerre invisible, le Ministère de la Défense vient d'annoncer que les sous-marins accueilleraient désormais des femmes à leur bord.

70 ans après la création des "Forces Féminines de la Flotte" pendant la Seconde Guerre Mondiale et à 5 jours du 70ème anniversaire du droit de vote des femmes, on peut dire que la Marine aura mis le temps avant de considérer les femmes comme des égales de leurs homologues masculins.

Ce qui est intéressant, c'est la réaction de l'état-major à la décision du Ministère:
"On vérifie que ça fonctionne et on étend si ça marche."
Et pourquoi ça ne marcherait pas? Je pose la question. Mais je connais fort bien la réponse.

Quand j'entends dire ici ou là qu'il n'y a plus de discriminations, que les femmes font chier à revendiquer de nouveaux droits tous les 4 matins, ça me fait doucement rigoler.

Car le "problème" dans l'armée, ce ne sont pas les femmes. Ce sont les hommes qui ne supportent pas cette invasion féminine dans une activité virile, dans un bastion qui est le leur, dans la sphère du combat qui ne peut pas être celui des femmes, êtres fragiles par nature et qui - par-dessus le marché - donnent la vie et ne peuvent donc pas prétendre au droit de la reprendre en combattant comme des hommes.

Le problème, ce sont ces hommes qui vivent entre eux et qui sont "en manque" et qui ne peuvent pas se tenir tranquilles juste le temps d'une mission en pleine mer ou sur le théâtre des opérations extérieure dès qu'une femme apparaît sous leurs yeux.

Le problème, ce sont les préjugés qui veulent que les femmes, qui embrassent la carrière la plus masculine qui soit, aient nécessairement un problème avec leur identité de femme, voire avec leur sexualité.

Le problème vient aussi des états-majors qui font mine d'une soit-disant bonne volonté pour féminiser l'armée mais qui ferment les yeux lorsque leurs hommes se comportent comme des gorets dès lors que des femmes y sont intégrées.

Bref. J'espère que cette féminisation va se faire dans les meilleures conditions possibles.

Et je souhaite bon vent aux femmes marins!


Source des illustrations:
Archives Nationales: 435 AP / Fonds Yvette Lebas-Guyot.