mercredi 30 avril 2014

J'ai testé pour vous l'appli la plus sexiste du moment: SOS PMS

J'ai testé pour vous l'appli la plus débilo-sexiste: SOS PMS.
Ne me remerciez pas, ça m'a fait plaisir.
Mais que se cache-t-il donc sous cette appellation? 
Comprenez: SOS PreMenstrual Syndrome (PMS) ou encore plus vulgairement: Au secours! Les Anglais débarquent!

Armée de mon iPhone et connectée à Google Traduction car l'appli est italienne, j'ai essayé de comprendre l'intérêt et la véracité de ce bidule. 
Tout ceci partait d'un bon sentiment qui a duré 4 secondes 30.

Sur l'Appstore, la description est très claire:
"Survivre au syndrome prémenstruel des femmes? Aujourd'hui, il existe enfin une solution pour vous: SOS PMS, l'application qui vous permet d'éviter la tragédie qui s'abat chaque mois sur tous les hommes"
Et dès la première utilisation, on sait tout de suite à quoi s'en tenir:
Pleurs, sautes d'humeur, irritabilité, nervosité: pas de doute possible, on est en plein syndrome prémenstruel.
Tous aux abris, votre chère et tendre vient de se transformer en sorcière hystérique. Planquez-vous, vous allez en chier.

Excusez-moi mais comme je ne suis pas bilingue en italien, je traduis au mieux hein.

Le but de cette miraculeuse appli est d'aider les hommes à traverser cette période dans les meilleures conditions possibles, afin que leur sorcière hystérique se mue en un ange placide et docile, comme en témoigne ce process irréfutable:


Dès la première utilisation, monsieur est invité à cocher le premier jour des règles de madame sur le calendrier de la naufragée:
"Maîtriser le cycle. Indiquez son 1er jour de cycle. A différents moments du mois, vous recevrez plusieurs alertes avec des suggestions pour lui simplifier la vie. Et la vôtre aussi."


Une fois ce fatidique point de départ coché, un calendrier tout à fait formidable est accessible. A chaque jour son conseil jusqu'à la fête du slip tant attendue.


Avant-veille: offrez-lui une rose. N'importe quelle couleur sauf jaune car ça symbolise la jalousie.
Jour fatidique: faites lui des cadeaux et proposez-lui de l'eau chaude contre les douleurs abdominales.
Jour 2: canapé, film et bière pour vous. Pour elle: une tisane bien chaude qui calmera ses douleurs.
Jour 7: on est proche de la libération. Lire un livre avec elle avant d'aller au lit, si possible le Kamasutra.
Jour 14: gardez la forme. Restez en alerte.

Et ainsi de suite. Je vous épargne le détail de chaque journée du kit de survie de l'homme en période prémenstruelle. Vous noterez au passage ce charmant pictogramme symbolisant que la voie est libre. Le cœur de la femme est entre ses jambes messieurs. Il n'est pas à gauche dans sa poitrine. Non. car la femme est un être différent du commun des mortels, autrement dit: vous, messieurs, sexe fort.

Passées ces quelques considérations, on peut redevenir sérieux 2 secondes et se demander d'où sort une telle appli? Et pourquoi est-elle en italien?
  • Les (hommes) italiens sont-ils plus cons que les autres?
  • Les Italiens sont-ils à ce point débiles qu'ils ont besoin d'une appli pour les aider à traverser la période prémenstruelle de leur femme?
  • Ou Sanofi prend-il tout le monde pour des cons?
Évidemment, je pense que la 3ème question est la seule qui se pose. Ah oui, parce que j'avais oublié de vous dire que cette invention digne du Concours Lépine émane de Sanofi. C'est beau le progrès non?

Notez que le progrès est indiscutable puisqu'au Moyen Âge, on pensait que l'utérus des femmes était relié à leur cerveau par un nerf , désormais, on sait que le cœur des femmes est entre leurs cuisses.

A lire aussi:
Sur ce, je vais aller me faire une tisane car tout le monde sait, c'est bien connu, que l'eau chaude soulage les douleurs abdominales... Tu parles Charles! Un Spasfon et ça repart! 

Il va être temps que je retrouve un boulot pour éviter de perdre mon temps avec des conneries.

mardi 29 avril 2014

Et Pôle Emploi? On en parle ou pas?

La bataille pour l'emploi. L'emploi: priorité n°1. Lutter contre le chômage des jeunes. Le chômage des séniors explose.
Voilà ce qu'on nous martèle jour et nuit.
Mais dans cette bataille pour l'emploi, est-ce qu'un jour on abordera aussi le problème de Pôle Emploi?
  • Des conseillers débordés, qui gèrent tellement de demandeurs d'emplois qu'ils ne peuvent pas répondre à toutes leurs demandes.
  • Des offres d'emplois dont la nomenclature est à pleurer tellement elle ne correspond à rien.
  • Des mails qui restent sans réponse.
  • Des ARE qui mettent 2 mois à tomber.
A qui la faute?
Je n'en sais rien. Je n'en ai aucune idée et je dois bien dire que je m'en fous.

Je plains les conseillers Pôle Emploi qui - depuis quelques années - sont obligés d'afficher au-dessus de leur guichet qu'"il ne sert à rien d'être violent ou brutal, votre conseiller est à votre service".
Putain, mais où on va?

Les fiches métiers, les fameux codes ROME... Vaste blague.
Personnellement, je suis abonnée aux offres suivantes: chargée de communication, community manager et chargée d'études / recherches en sciences sociales.
J'ai 35 ans et je suis bac + 8. Mais cela n'empêche pas Pôle Emploi de m'envoyer des offres d'emplois d'avenir, de stage, de CUI-CAE ou d'emplois tremplins, alors que je ne suis pas éligible.
Passé ce premier tri sélectif, il me reste des offres de CDD de 6 mois avec 5 ans d'expérience exigés pour un salaire de 2000€ bruts soit 1600 € nets. Je n'ai pas les 5 ans d'expérience. Mais je postule quand même. Sinon je me ferais chier et je ne postulerais à rien.
5 ans d'expérience payés 1600€ nets. Ça ne pose de problème à personne?
Je pose la question.

Quant aux fameux codes ROME, que faire quand une annonce de "chargée d'études / recherches en sciences sociales" propose en fait d'être rabbin? Je vous promets que ce n'est pas une blague. Et je vous épargne les annonces pour être "hôtesse de charme"...

Je suis à nouveau au chômage depuis un mois, après avoir aligné 3 vacations soit 10 mois de boulot payés au SMIC. Et le pire, c'est que je me suis éclatée dans ce boulot. J'ai adoré.

Avant cela, je suis restée au chômage 19 mois. Lors de mon 1er RDV en septembre 2011, mon conseiller Pôle Emploi m'a mise au parfum:
"Bon. je vais être honnête avec vous. Compte tenu de votre profil, ce n'est pas nous qui allons vous trouver un emploi. Vous en êtes consciente?"
Euh... Que dois-je répondre à cela?
Rien. Je n'ai rien répondu.

Je suis restée 16 mois sans voir un seul conseiller.
Au bout de 16 mois, j'ai sollicité un RDV pour faire le point. J'ai suivi une prestation proposant un bilan de compétences. Ça n'a pas fait avancé le schmilblick, mais ça m'a fait un bien fou car je suis revenue sur moi-même, et c'est bon pour le moral. Et le moral quand tu es au chômage, c'est primordial. Coïncidence ou pas, je n'ai pas pu achever cette prestation car j'ai trouvé un job avant la fin. Tant mieux pour moi.

Et ensuite?

Ensuite, comme j'étais une salariée précaire, je me suis consciencieusement actualisée tous les mois sur le site de Pôle Emploi, afin de ne pas être radiée et que mes ARE me soient versées dans les plus brefs délais en cas de retour au chômage. Tous les mois, j'ai donc adressé mes fiches de paie à Pôle Emploi, mais pas que. Il fallait aussi que je les adresse à mon gestionnaire chômage de la Fonction Publique. Bah oui. Parce que quand ton employeur assure l'indemnisation de ses chômeurs, ce n'est pas Pôle Emploi qui t'envoie tes ARE mais ton ancien employeur. Tu suis?

Lorsque ma 3ème vacation a touché à sa fin, j'ai contacté mon gestionnaire chômage pour savoir comment relancer la procédure d'indemnisation. Accroche-toi, c'est ubuesque.
-- "C'est très simple. Dès la fin du mois prochain, vous vous actualisez comme d'habitude et vous déclarez que vous n'avez pas travaillé. La procédure sera ainsi réenclenchée et vous percevrez votre ARE comme avant."
-- "D'accord. Mais qui va m'indemniser? Mon avant-dernier employeur ou mon dernier employeur?"
-- "Ah non. Il vous reste 98 jours de droits avec votre avant-dernier employeur. Vous devez donc les épuisez avant de toucher des ARE de l'employeur le plus récent."
-- "Et quand vais-je toucher l'ARE d'avril?"
-- "En juin Madame. Comme d'habitude. 2 mois plus tard, c'est la procédure."
-- "Ah bon? Mais comment ça se fait? Puisque mon dossier existe déjà, je pensais que ça irait plus vite."
-- "Pourquoi voulez-vous que ça aille plus vite? Vous vous actualisez. Pôle Emploi nous adresse votre actualisation et le temps que nous mettions en route l'ARE, ça prend 2 mois comme d'habitude".
-- "Et quand j'aurai épuisé mes 98 jours? Il se passera quoi?"
-- "Il faudra remonter un dossier."
-- "Ça veut dire que j'aurai à nouveau 2 mois de carence?"
-- "Tout à fait Madame".
  • Et comment on fait quand on touche que dalle pendant 2 mois?
  • Comment ils font les chômeurs qui n'ont personne pour les aider pendant ces 2 mois sans rien?
Je pose la question.

Ensuite, tu te réabonnes à toutes les alertes d'offres d'emplois. Enfin, je te rassure, je n'ai pas attendu d'être au chômage pour me remettre "en veille" comme on dit. Tu postules. 

J'en suis déjà à 18 candidatures depuis le 5 avril. Mais pas des candidatures spontanées, non. des réponses à des offres d'emploi. 

Ils proposent. Je postule. 

Et sur 18 candidatures, j'ai reçu une seule réponse négative et une convocation pour un entretien. Les 16 autres, ils doivent s'en taper. Ils ne te répondent pas.  

Ni oui, ni non, ni merde. Rien. 

Les RH n'existent plus depuis belle lurette. De "Relations Humaines", on est passé à "Ressources Humaines": tout est dit.
Ensuite, pour les 15 candidatures spontanées: zéro réponse mais je leur en tient moins rigueur que les autres.

Comment peut-on, quand on est dans les RH et qu'on recrute, ne pas même daigner répondre à un demandeur d'emploi qui postule? Et quand on lui répond, c'est pour lui envoyer un courrier préformaté, prémâché, impersonnel et sans aucune précision sur le pourquoi du comment on ne fait pas l'affaire.

Voilà. Mon quotidien, c'est ça. 

Mais heureusement pour moi, je suis entourée, soutenue, j'ai confiance et je suis hyperactive.
Alors, ne me souhaitez pas "bon courage" comme il est coutume de le faire quand on s'adresse à un demandeur d'emploi.

Car du courage, j'en ai.
Et à revendre, en plus.

lundi 28 avril 2014

Embauchez-moi!

Cette période de chômage inopinée me donne le temps de me livrer à toutes sortes d’inepties sur le web. Et notamment ce test, talentoday qui, en quelques minutes permet de s’auto-évaluer sur le plan personnel et professionnel.
Ce qui me rassure c’est que je ne suis pas toute seule à me livrer à cette procrastination. Nous sommes 1 487 729. 

Bon c’est pas tout ça mais comme vous trépignez d’impatience, voici ce qui ressort de ce contrôle technique personnel.

Il semble que j’aie une relative aisance dans la communication. Ça tombe plutôt bien. Mais avec diplomatie s’il vous plaît. Je n’ai pas pour habitude de coller des coups de boule à celles et ceux avec qui je ne suis pas d’accord. 

  • Manager ne me pose pas de problème. Je confirme. Mais pas question d’être un petit chef, je préfère bosser en équipe que de donner des ordres.
  • Je suis autonome. C'est pas une nouvelle. Mais je déteste bosser sans savoir où je vais. J’ai besoin qu’on me file des consignes précises. L’exécution, c’est mon truc (pas celle avec un billot hein…).
  • Je crois que je suis un bon petit soldat. Avoir fait une thèse sur l’armée semble avoir déteint sur moi. Je ne suis pas du genre à foncer tête baissée. La spontanéité, c’est plus trop mon truc. J’ai appris avec le temps à réfléchir avant de l’ouvrir ou avant d’agir.
Par contre, question ambition, on dirait bien que je suis aussi carriériste qu’un gastéropode. La devise « pousse-toi de là que je m’y mette », c’est pas vraiment mon truc non plus.

Et toi? Ça donne quoi?

dimanche 27 avril 2014

Rions un peu avec Nicolas Dupont-Aignan

Ce midi, Nicolas Dupont-Aignan était l'invité de Maïtena Biraben dans l'émission Le Supplément sur Canal +. Et il a déclaré ceci:
"Jacques Bompard n'est pas d'extrême-droite, il est de droite".
Pourquoi et comment Nicolas Dupont-Aignan en est-il venu à parler de ce brave homme? Parce que Jacques Bompard a fait un cadeau à Debout la République: 42 000 €.
  • Donc Jacques Bompard n'est pas d'extrême-droite.
  • Je ne suis pas féministe.
  • Elisabeth n'est pas reine d'Angleterre.
  • Manuel Valls incarne l'aile gauche du PS.
  • Jean-Marie Le Pen est un eurodéputé très assidu.
Bah quoi? J'ai bien le droit moi aussi de faire des blagues non? 

J'ai lancé il y a 3 semaines une série de billets qui s'appelle Comic strip politics où je compile des dessins de presse humoristiques. Si ça continue, je vais faire un best-of des blagues de NDA.

Mais revenons à l'essentiel. Jacques Bompard n'est pas d'extrême-droite.
  • Il n'a jamais appartenu au mouvement Occident.
  • Il n'a pas contribué à la fondation du Front National.
  • Il n'est pas resté membre du FN jusqu'en 2005.
  • Il n'a pas présenté de liste "la Ligue du Sud" aux régionales de 2010 sous prétexte qu'il regrettait le rapprochement du FN avec l'UMP (sans doute jugée pas assez à droite pour lui).
  • Il n'a pas rallié à sa cause des membres du Bloc identitaire.
Tout ces préjugés ne sont qu'une vaste blague à la sauce NDA.
Mais puisque Nicolas Dupont-Aignan a aussi déclaré:
"Moi, je me fous complètement des amalgames qui sont factices".
J'imagine qu'il ne verra aucun mal à ce que je l'assimile à l'extrême-droite?

D'ailleurs, on pourra aussi se demander pourquoi il n'y a jamais (ou quasiment jamais) d'adversaire de l'UMP ou du FN face à Nicolas Dupont-Aignan aux Municipales et aux Législatives... Sans doute parce que tout le monde s'y retrouve tellement NDA ratisse large de la droite à l'extrême-droite.

Et pour rigoler encore un peu plus:

vendredi 25 avril 2014

Violence ordinaire

Violence ordinaire
Comme d'autres j'imagine, j'ai été assez troublée par l'agression dont a été victime hier une femme dans le métro de Lille:
«Dès qu'il m'a vue, il est venu vers moi directement. Il avait une bouteille, il sentait l'alcool, il a commencé à me bloquer ... il m'a touchée! [...] J'avais peur. Il m'a dit que j'étais une pute, qu'il allait appeler son cousin, qu'ils allaient me violer à plusieurs... il faisait des gestes bizarres avec la bouteille de vodka [...]. J'ai crié à l'aide, j'ai demandé du secours [...] Je me suis mise près d'un homme, il n'a rien voulu savoir. Il ne m'a pas aidée [...]. Les gens sont partis dans l'autre rame tout au fond. Ils m'ont laissée toute seule et ils me regardaient me faire agresser! [...] Il y avait beaucoup de gens, je suis une femme, c'est un homme, ils auraient dû me défendre, ou l'écarter... C'est tout ce que je demandais, je ne demandais pas autre chose, juste qu'on me donne un coup de main.»
Je n'ai pas grand chose à ajouter. Je n'ai pas non plus envie de faire la morale à tous ces voyageurs qui n'ont rien fait, voire même qui ont tracé leur route. Ce serait trop facile, de là où je suis, vautrée dans mon canap.

Mais ça m'a rappelé trois choses.

La première, c'est moi-même dans le RER C il y a une quinzaine d'années. Je me rendais comme tous les mercredis sur mon lieu de travail, un centre de loisirs dans la Vallée de l'Orge. Je me suis assise, casque vissé sur les oreilles, dans le compartiment proche de l'entrée de la rame. Mais si, vous savez, là où il y 4 sièges face-à-face. En mode seule au monde, j'ai posé ma tête contre la vitre quand 3 lascars se sont assis autour de moi et ont commencé à me faire chier bien lourdement. Mais rien à voir avec ce qu'a pu endurer cette femme hier à Lille. Heureusement pour moi. Et heureusement pour moi, ils sont montés 2 stations avant que je ne descende. Ils ont été lourds, très lourds. Par la parole. Pas par les gestes. Heureusement pour moi. Ils parlaient très fort. Et j'ai fini par parler très fort moi aussi. C'étaient les heures de pointe. Les darons en costard-cravate et baise-en-ville posé à leurs pieds jetaient des petits coup d’œil par-ci par-là... Mais rien de plus.
Quand je me suis levée pour descendre, l'un d'eux m'a attrapée par la bretelle de mon sacs-à-dos. par je ne sais quel miracle, j'ai réussi à descendre. J'ai vu qu'ils descendaient aussi. J'ai alpagué une dame d'une soixantaine d'années et en un regard, nous nous sommes comprises, et nous avons marché collées l'une à l'autre jusqu'à mon lieu de travail. Entre temps, les crétins sont remontés dans un autre wagon, sans doute pour faire chier quelqu'un d'autre.
Sur le chemin, la dame qui n'était pas dans le train avec moi, me demande ce qui s'est passé. Je lui raconte, et elle me dit:
"Mais personne n'a bougé pour vous venir en aide?"
"Non. Personne."
"Quand même... C'est dingue."
Et là, je me revoie lui dire:
"Les gens s'en foutent. Les gens ont peur. Et en même temps, moi la première, quand je vois certains jeunes comme ils se parlent entre eux, je me demande souvent s'ils sont potes ou pas..."
La deuxième, c'est encore moi-même. C'était à la sortie du RER A à Vincennes, il y a une dizaine d'années. C'était le soir le Noël. J'avais rendez-vous avec ma sœur pour le réveillon. Il devait être 18h30-19h. Inutile de vous préciser qu'il y avait un monde de dingue. J'attendais ma sœur sur le trottoir de la gare quand soudain, une jeune femme s'est approchée de moi.
Bonne poire que je suis, je me suis tournée vers elle car j'ai cru comprendre qu'elle cherchait un renseignement. D'un coup, sans crier gare, elle est sortie de ses gonds, s'est mise à hurler, à m'insulter, à dire que je n'étais qu'une pute, une salope, que je lui avait piqué son mec et son bébé. J'ai vite compris qu'elle était cinglée. Elle a commencé à me bousculer et m’a attrapé les cheveux.
Instinct de survie: je l'ai attrapée par les deux épaules et je l'ai secouée comme un prunier en lui hurlant à la face qu'elle devait me laisser tranquille. Je l'ai éjectée violemment et j'ai tracé mon chemin en hurlant à la cantonade, et en larmes:
"Et personne pour me venir en aide! J'hallucine!"
Et là, sorti de nulle part, un daron en costard-cravatte et baise-en-ville sous le bras me lâche:
"Mais enfin! Vous n'avez pas besoin d'aide, vous vous en sortez très bien!"
Connard.
Ma sœur est arrivée et je me suis effondrée comme une loque, une merde, une sous-merde. J'avais la haine contre ce daron, j'éprouvais une tristesse immense pour cette femme paumée, larguée, visiblement cinglée, seule, très seule. Personne pour me venir en aide... Et personne pour lui venir en aide à elle non-plus.

La troisième, c'est le film 38 témoins, de Lucas Belvaux, que j'ai vu l'année dernière. Voici le pitch du film inspiré d'une histoire vraie:

Au Havre,  les habitants sont en état de choc depuis qu’une jeune femme a été sauvagement assassinée pendant la nuit. Louise Morvand est rentrée de Shanghai le lendemain du drame et ressent le malaise ambiant. Les riverains interrogés par la police ne savent rien, ils dormaient, n’ont rien vu, rien entendu. Une journaliste du Havre Libre se heurte au même silence. Pierre Morvand, affirme à sa femme Louise être rentré tard de son travail cette nuit-là, après que le meurtre fut commis. À son épouse qui le trouve étrangement absent, il répond que son état est dû à la fatigue. Pourtant, pendant qu’elle dort, il lui raconte ce qui s’est réellement passé.
La nuit du meurtre, il a été réveillé par des hurlements provenant de l’extérieur. Se demandant s’il n’avait pas rêvé, il s’est approché de la fenêtre d’où il a vu une silhouette titubante s’engouffrer dans le hall d’un immeuble. Alors qu’il restait prostré, d’autres hurlements traumatisants ont retenti peu après, lui vrillant les tympans malgré ses mains plaquées sur ses oreilles pour ne pas entendre. Rongé par la culpabilité, il décide d’aller tout confesser à la police.
Rapidement, la police comprend que Pierre Morvand a, sinon tout vu, presque tout entendu. Et, par conséquent, les 37 autres témoins ont menti eux aussi. Au fil des interrogatoires qui suivent, les langues de ses voisins se délient : eux aussi admettent avoir entendu les cris et n’avoir pas réagi. 
Sylvie Loriot, la journaliste du Havre Libre, est mise au courant par des fuites et interviewe le procureur de la République avant de publier son article. Le magistrat l’enjoint de ne rien révéler car, si la vérité éclatait publiquement, il serait obligé de poursuivre 38 personnes pour non-assistance à personne en danger. 

Or, peut-on faire le procès de l’indifférence et de la lâcheté ?

Après avoir vu ce film, je me suis demandé, comme tous les spectateurs j'imagine:
"Et moi? J'aurais fait quoi moi?"
Et vous? Vous auriez fait quoi?

Politic comic strips - épisode 3

J'ai quasiment rien fichu sur ce blog cette semaine et je continue.
Cette petite revue de dessins me plaît bien.
Cette semaine, au menu: les élections présidentielles en Syrie qui me désespèrent d'avance, l'affaire des pompes à Morelle, le test ADN réalisé à La Rochelle, la soit disant "reprise" grecque et les taxis.





mardi 22 avril 2014

Délinquance et immigration: il est beau Le Progrès!

Bembelly et GrandLudo en ont parlé: le journal Le Progrès vient de publier une infographie classant les délits en fonction de l'origine des délinquants. 
Mais là où le journal fait fort en matière de grand n'importe quoi, c'est qu'il mélange allègrement origine géographique, sociale, toxicomanes, locaux et "autres"... Tout en mélangeant tout et n'importe quoi, du vol de ferraille au trafic de stupéfiants, en passant par la prostitution.


En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, Florian Philippot faisait sous lui à la lecture de ce papier torchon.

Cette infographie ne comporte ni source, ni légende. On ne sait pas d'où Le Progrès tient ces statistiques et on ne sait pas non plus s'il parle d'étrangers ou de Français d'origine étrangère. Ce n'est pas tout à fait la même chose me semble-t-il. Mais quand bien même.
Quel est l'intérêt d'une telle infographie (sans chiffres par-dessus le marché) sinon celui d'en arriver à la conclusion que, quel que soit le délit, les étrangers sont partout, tout est de leur faute et si on les renvoyait chez eux, adieu la délinquance?

Le Progrès aurait pu rappeler par exemple qu'en 2010, sur 940 000 infractions dont 93,4% relevaient de délits (infractions routières, stupéfiants, vols et recels, violences physiques), la part des condamnés d'origine étrangère n'étaient que de 12,7% (source).

"Que"? Je te vois venir amis réac, tu vas me dire que 12,7% c'est déjà beaucoup quand on sait que les Français d'origine étrangère ne sont que 6% dans la totalité de la population. Et puis après tu vas me dire que 6%, c'est encore trop et patati et patata.

Une fois qu'on sait ça et qu'on relit le papier du Progrès, on pourrait finalement rajouter la mention "locaux" à côté de chacun des délit listés. Mais passons.

Personnellement, je me fous pas mal de savoir qui a volé ma bagnole en 2008 ou comment s'appelle celui qui a voulu me tirer mon sac en 2007, de même que je me fous de savoir d'où vient celui qui m'a insultée dans le centre-ville de Yerres soit-disant parce que j'ai traversé au mauvais endroit (alors qu'en fait j'étais sur les clous... Oui à Yerres, on a des clous. Des vrais).
Mais en fait je le sais puisque j'ai vu leur tronche. Bah quoi? Tout le monde sait qu'on peut déterminer rien qu'au faciès si Machin ou Truc est français ou pas non? 
Non? On peut pas? Ah bah mince, faudrait le dire à nos amis réacs.
En tous cas, pour celui qui a volé ma bagnole, comme j'étais au tribunal, j'ai bien vu qu'il était bien de chez nous comme on dit. Un bon "de souche" qui ravirait les fachos.
Mais je m'égare.

Plutôt que de montrer du doigts les étrangers et / ou Français d'origine étrangère (car je n'ai toujours pas compris de qui parle Le Progrès), il me semble qu'il serait plus intéressant de se demander pourquoi, alors que la France ne compte que 6% de Français d'origine étrangère, ils représentent 12,7% des condamnés de 2010?

Aaaaah... Ce "pourquoi"... Cette question que l'extrême-droite fuit, nie et à laquelle elle n'a jamais répondu.

Peut-être serait-il intéressant de se demander:
  • dans quelles conditions vivent ces délinquants
  • quelles sont leurs ressources
  • quelles sont leurs niveaux d'études
  • s'ils sont récidivistes
  • dans quelles régions ils vivent
  • quel âge ils ont
Et alors on aurait une véritable étude sociologique. Ah oui mais pardon, ce genre d'études existe déjà... C'est moins vendeur que de montrer du doigt les étrangers. Suis-je bête.

Quoi qu'il en soit, un délinquant est un délinquant et sauf erreur de ma part, il n'y a pas de raison de le traiter différemment selon qu'il soit français, étranger ou français d'origine étrangère.
Car on sait que "nombre de délits constatés sont apparentés à une délinquance dite "de pauvre" et à la dégradation de la situation des quartiers pauvres : il faut alors mesurer la corrélation entre conditions socioéconomiques et type de délits commis." (source)
Et jusqu'à preuve du contraire, nombre d'étrangers ou de Français d'origine étrangère vivent dans de mauvaises conditions socio-économiques. On sait également - même si ce n'est pas politiquement correct de l'admettre - que le délit de faciès existe et que les gens qui n'ont pas un faciès "de souche" sont bien plus contrôlés que les petits blancs bien proprets sur eux.

Y'a pas à dire, c'est beau le progrès...

lundi 21 avril 2014

Le Sénat adopte le projet de loi sur l'égalité femmes-hommes

Alors qu'on  célèbre ce jour le 70ème anniversaire du droit de vote des femmes, j'apprends, un peu en retard il faut bien l'avouer, que le Sénat a adopté vendredi 18 avril le le projet de loi pour l'égalité entre les femmes et les hommes défendu par Najat Vallaud-Belkacem.
Et en l'état s'il vous plaît.
Autrement dit, en maintenant l'article supprimant la notion de "situation de détresse" pour les femmes demandant une IVG.

Les débats ont encore rasé les pâquerettes. L'inverse eut été surprenant.
Le Sénat a estimé que l'article, visant à supprimer du Code de la santé publique la notion de "situation de détresse" pour les femmes enceintes demandant à un médecin l'interruption de leur grossesse, était conforme à la loi. 
On passe donc de:
"La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l'interruption de sa grossesse."
à:
"La femme enceinte qui ne veut pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin l'interruption de sa grossesse."
L'UMP, toujours à la pointe en matière d'avancée pour les droits des femmes, a déposé un amendement pour supprimer cette modification. Il a été rejeté à 189 voix contre 9. Et paf. 
Philippe Bas a défendu mordicus que oui les femmes qui avortent sont en situation de détresse:
"La loi Veil repose sur un équilibre, entre le principe du respect de l'être humain dès le commencement de la vie et la reconnaissance qu'une atteinte peut y être portée en cas de nécessité, associée au fait que l'interruption de grossesse est un acte médical demandé par une femme en situation de détresse [...] Cet article rouvre des conflits dans la société française sans utilité et introduit une contradiction dans la loi."
Ce à quoi  Esther Benbassa a répondu:
"Il est temps que la femme passe de l'état d'objet à l'état de sujet. Aucune femme ne pratique une IVG parce que cela lui fait plaisir [...] Vous vous fondez sur des éléments moraux ou religieux, auxquels tout le monde n'est pas sensible".
Voilà. Tout est dit. Merci Esther. 

Il est tellement évident qu'une IVG n'est pas une partie de plaisir que ça ne sert à rien de l'écrire. Les femmes ne sont pas connes au point d'aller pratiquer une IVG comme on va supermarché. Mais Philippe Bas, et d'autres avec lui, considèrent sans doute que si: que les femmes, ces êtres imprévisibles et fragiles ont besoin qu'on leur rappelle que non non non ce n'est pas bien, c'est mal, il faut réfléchir, on ne peut pas avorter comme ça sur un coup de tête.

Ce texte de loi ne portant pas que sur l'IVG, d'autres dispositions ont été prises, et notamment "un nouvel article qui transpose les dispositions relatives au harcèlement moral et au harcèlement sexuel dans le Code de la défense, afin d'assurer aux militaires les mêmes garanties que les agents de l'État. Enfin, il a rétabli une série d'articles qui instituent la parité parmi les personnalités qualifiées désignées au sein des conseils d'administration et de surveillance des établissements publics de l'État, les personnalités qualifiées et les représentants de l'État désignés au sein des conseils d'administration et de surveillance des entreprises publiques, et dans les conseils d'administration des établissements publics de coopération culturelle." (Le Point)

Je regrette néanmoins que Christine Boutin ne soit pas sénatrice, ça nous aurait encore donné une belle occasion de rigoler.

Retrouvez ci-dessous le communiqué de presse:
 


21 avril 1944: "Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes"

C'était il y a 70 ans.
Pour fêter ça, je suis devenue conseillère municipale et je suis pas peu fière comme dirait ma grand-mère qui votait pour la première fois en 1945.
Et c'est aussi par respect pour elle, ma grand-mère, que je me déplace chaque fois qu'il le faut pour aller voter. Je ne me suis jamais abstenue et je ne m'abstiendrai jamais.
La semaine dernière, mercredi 16 avril, toute la France ne parlait que de ça. On a célébré le droit de vote des femmes sur les chaînes d'infos en continu

Aujourd'hui, lundi 21 avril, je ne comprends toujours pas pourquoi il a été décidé de célébré cet évènement le 16.
Soit-disant parce que la décision d'octroyer le droit de vote aux femmes aurait été prise le 16 avril 1944.
Je trouve ça complètement absurde et c'est un non-sens historique.

Bref. C'était donc il y a 70 ans, jour pour jour et quand bien même la décision aurait été prise le 16 avril, c'est bien le 21 avril 1944 que le Gouvernement provisoire de la France à Alger adopte cette ordonnance.

Deux ans et demi plus tard, le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 inscrit ce principe dans les principes fondamentaux de la République : 

"la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme."

Didier Goux va être ravi car je vais bien écrire ici qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour accéder à une égalité totale entre hommes et femmes même si, bien évidemment, il est très clair que des avancées considérables ont été accomplies ces 70 dernières années.

C'est Fernand Grenier qui est à l'origine de cet amendement qui prévoit que les femmes doivent être électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes.

Et retrouvez ci-dessous l'intégralité des débats du 24 mars 1944 portant sur "l'amendement Grenier". 

M. le Président. - Je donne lecture de l'article 16 :
« Les femmes seront éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».
J'ai été saisi d'un amendement de M. Grenier ainsi conçu :
« Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ».

M. Grenier. - Je ne reviendrai pas pour défendre mon amendement sur ce que j'ai déjà dit au sujet du vote des femmes.
Ce sont les mêmes considérations qui m'ont inspiré. Je pense que l'amendement de M. Prigent ayant été adopté par l'Assemblée, les femmes doivent voter, non seulement aux élections qui aboutiront à la Constituante, mais également à toutes les élections qui auront lieu dès la libération. 

M. le Président de la Commission. - Je dois rappeler que c'est à l'unanimité moins une voix que la Commission avait adopté le principe du vote des femmes, et que c'est à l'unanimité qu'elle avait estimé que les femmes ne voteraient pas aux élections provisoires qui auraient lieu en cours de libération.
Il ne s'agit pas d'apprécier les capacités, les mérites et les droits de la femme à voter, mais uniquement d'examiner les conditions de fait dans lesquelles elle va être amenée à exercer ce droit pour la première fois. N'oubliez pas que le délai de trois mois que nous avons prévu pour la reconstitution des listes électorales est extrêmement court, même pour des élections ordinaires. Or, le travail sera encore compliqué par l'absence des réfugiés, prisonniers et déportés. Si l'on doit ajouter les femmes sur ces listes les difficultés seront encore accrues. D'autre part, il est établi qu'en temps normal les femmes sont déjà plus nombreuses que les hommes. Que sera-ce à un moment où prisonniers et déportés ne seront pas encore rentrés ? Quels que soient les mérites des femmes, est-il bien indiqué de remplacer le suffrage universel masculin par le suffrage universel féminin ?
Enfin, je pense que la confection matérielle des listes électorales où, pour la première fois, figureront les femmes, donc des listes nouvelles, demandera beaucoup de temps. Si donc l'on admet les femmes à voter aux premières élections qui suivront la libération, on ouvre la porte à toutes sortes de fraudes et d'irrégularités dans cette période incertaine qui accompagnera les premières consultations populaires. Autant je considère que l'amendement de M. Prigent était fondé, autant j'estime qu'il n'y a pas lieu de retenir celui de M. Grenier. La Commission en demande donc le rejet. 

M. Antier. - Je ne partage pas l'avis de la Commission. Je considère que la France, hommes et femmes réunis, résiste dans son ensemble. Il serait donc injuste d'écarter les femmes des premières élections, d'autant plus que ces élections se dérouleront à l'échelon communal et départemental. La confection des listes est donc possible.

M. Poimbœuf. - J'avais, à la Commission, soutenu le vote des femmes dès les premières élections, et c'est uniquement parce qu'il apparaissait pratiquement impossible de dresser les listes dans le délai légal de trois mois que, par la suite, je m'y étais opposé. J'insiste sur le terme « pratiquement ». On pourrait donc, peut-être, envisager une prorogation de ce délai de trois mois, ce qui permettrait de concilier tous les points de vue. 

M. Grenier. - Je dois avouer qu'aucun des arguments exposés ne m'a convaincu. L'éloignement de leurs foyers de nombreux prisonniers et déportés qui ont été remplacés dans leurs tâches par leurs femmes, confère à ces dernières un droit encore plus fort de voter dès les premières élections. Quant à la confection matérielle des listes électorales, j'estime qu'il s'agit d'une question de bonne volonté et d'organisation dans chaque mairie. Il suffirait d'y employer un personnel suffisamment nombreux. On l'a bien fait pour les cartes de vêtements ou d'alimentation.
Je ne comprends pas non plus qu'on puisse supposer que nous demandons le vote féminin dès les premières élections pour faciliter je ne sais quelles irrégularités. Nous demandons simplement que toute la Nation soit appelée à se prononcer sur ceux qui la dirigeront, que ce soit à l'échelon municipal, départemental ou national.
Je dois d'ailleurs vous mettre en garde contre une réaction éventuelle de l'opinion publique. À la suite de nos derniers débats, le presse et la radio ont annoncé que le suffrage des femmes était décidé, et l'on n'a pas précisé s'il s'agissait d'élections suivant immédiatement la libération ou plus tardives. Si mon amendement n'est pas retenu, nous donnerons l'impression de nous être déjugés. (Applaudissements) 

M. Hauriou. - C'est le groupe des indépendants de la Résistance qui a proposé d'ajouter à l'article 1er du projet d'ordonnance sur les élections à l'Assemblée constituante, une disposition prévoyant le vote des femmes. Nous ne pouvons donc être suspectés d'hostilité à cet égard. Je voudrais cependant présenter quelques observations.
En premier lieu, je dois souligner que sous le biais des élections municipales, c'est en réalité tout le problème des élections provisoires qui suivront que nous abordons. Car si nous admettons les femmes à voter aux premières élections qui suivront la libération, il sera impossible de ne pas les admettre aux élections pour l'Assemblée nationale provisoire. Il faut bien savoir dans quelle voie nous nous engageons. Le groupe des résistants indépendants a admis que, s'agissant d'élections pour une représentation provisoire, il ne saurait être question de faire voter les femmes, car ceci ne manquerait pas de provoquer un déséquilibre dans le corps électoral.
Par contre nous ne formulons aucune réserve au suffrage féminin quand les conditions seront redevenues normales.
Il y a dans notre position une seconde raison. Nous souhaitons que le vote féminin réussisse. Or, si nous suivions M. Grenier dans son amendement, il serait à redouter que les femmes n'encourent des responsabilités et des reproches immérités, dans une consultation populaire où elles auraient eu la majorité.
Nous estimons que le premier essai de vote des femmes doit avoir lieu dans des conditions normales, et c'est pourquoi nous voterons contre l'amendement de M. Grenier. 

M. Antier. - La participation des femmes au suffrage universel est un droit qui n'est pas discutable. 

M. le Président de la Commission. - Je voudrais répondre d'un mot à M. Grenier quant aux irrégularités et aux fraudes qui risquent de se produire si les femmes sont admises à voter tout de suite. Il sera matériellement et techniquement impossible, étant donnés les délais restreints, de procéder à une constitution régulière des listes électorales. J'insiste donc pour le rejet de l'amendement. 

M. Ribière. - Au point de vue de la constitution de listes, je ne vois vraiment pas d'obstacles sérieux à l'admission des femmes. Notre collègue Grenier a judicieusement fait observer qu'il avait été possible, sans grandes difficultés, d'établir les cartes d'alimentation.
D'autre part, il faut reconnaître que les femmes qui sont en France et dont les maris sont prisonniers en Allemagne voteront dans le même esprit qu'auraient voté leurs maris. Refuser le droit de vote aux femmes pour ce premier suffrage serait à mon avis une injure pour les femmes. 

M. Grenier. - Il semble que l'argument décisif contre mon amendement soit celui de la difficulté d'établir des listes électorales complètes. Je fais observer que, même pour les électeurs masculins, il sera impossible d'obtenir des listes complètes. Si l'on annonçait dans les communes que toutes les femmes doivent se présenter à la mairie, munies de leurs pièces d'identité, les femmes se feraient elles-mêmes inscrire. Si certaines ne se dérangent pas, tant pis pour elles, elles ne voteront pas. De toute façon, j'estime qu'il vaut mieux une participation des femmes à 80 ou 90 % que pas de participation du tout. Il faut qu'ici chacun se prononce par oui ou par non. 

M. Vallon. - Je retrouve dans ce débat les traditions de l'ancien Parlement français dans ce qu'elles avaient de plus détestable. À maintes reprises, le Parlement s'est prononcé à la quasi unanimité pour le principe du vote des femmes, mais, chaque fois, l'on s'est arrangé par des arguments de procédure pour que la réforme n'aboutisse pas. 
Ces petits subterfuges doivent cesser (Applaudissements) ; il faut parfois savoir prendre des risques. 

M. Bissagnet. - L'amendement Grenier amènera un déséquilibre très net, car il y aura deux fois plus de femmes que d'hommes qui prendront part au vote. Aurons-nous donc une image vraie de l'idée du pays ? En raison de ce déséquilibre, je préfère que le suffrage des femmes soit ajourné jusqu'à ce que tous les hommes soient rentrés dans leurs foyers, et c'est pourquoi je voterai contre l'amendement. 

M. Charles Laurent. - Je tiens à préciser que ce n'est pas du tout la question des difficultés d'établissement des listes électorales, qui m'a amené à voter contre l'amendement, à la Commission. Le véritable argument est celui tiré du déséquilibre auquel M. Bissagnet vient de faire allusion.
Au moment où la population sera appelée à aller aux urnes, il y aura cinq millions d'absents, et les femmes seront, en France, deux fois et demi plus nombreuses que les hommes. Il est impossible d'envisager le suffrage dans ces conditions. Aussi voterai-je dans le sens demandé par la Commission. 

M. Darnal. - Je m'étonne pour ma part qu'on ait soulevé cet argument de déséquilibre. Est-ce à dire que les femmes françaises sont des déséquilibrées ? S'il peut y avoir déséquilibre, pourquoi alors a-t-on admis le vote des femmes lorsqu'il s'agit de questions aussi importantes que celles qui feront l'objet des élections à l'Assemblée nationale ? Devons-nous oui ou non légiférer pour sortir la France du marasme et de sa misère présente, et devons-nous nous attacher à des questions de procédure ?
La Résistance a dit, par la voix de M. Prigent, que nous avions résisté avec nos femmes et nos filles. Pourquoi alors les femmes n'apporteraient-elles pas leur concours intellectuel comme elles ont donné leur concours physique ? 

M. Valentino. - Jusqu'à présent, on a semblé approuver l'octroi du vote aux femmes au moment des élections à l'Assemblée constituante et refusé ce même droit lors des élections municipales provisoires.
J'ai voté en faveur du vote des femmes à l'Assemblée constituante, je voterai cependant contre l'amendement de M. Grenier. Il n'y a pas contradiction dans mon attitude car je suis pour le respect de la légalité républicaine.
Pour la Constituante, il s'agit de fixer de nouvelles règles pour la Constitution de la France, et les femmes doivent participer au vote.
Mais nous ne sommes pas une Assemblée législative, nous ne pouvons bousculer la légalité républicaine.
Notre rôle consiste à réparer les lézardes que Vichy a pu créer et les conséquences des défaillances humaines. Ce qui est indispensable c'est de renouveler l'Administration municipale en restant fidèle aux règles. 

M. Costa. - Après les arguments qui ont été présentés, je déclare que je voterai pour le vote « immédiat » des femmes. 

M. Poimbœuf. - L'observation que je vais faire semblera remettre en discussion, contrairement à toutes les règles de procédure, l'article 15 qui a déjà été adopté (*) ; en réalité elle ne fera qu'apporter une précision.
J'estime, eu égard aux arguments invoqués, que le délai imparti risque d'être trop court, et je demande que l'on ajoute à l'article 15 qui parle « d'un délai de trois mois » la disposition suivante : « sous réserve de la constitution des listes électorales ». (Mouvements divers). Cette réserve ne constitue pas un « torpillage » du projet ; j'admets que les élections devront avoir lieu dans un délai de trois mois, et que les femmes y seront appelées. Ce n'est que si le délai s'avère trop court qu'il y aura lieu de le proroger. Les élections ne seront reculées que dans le cas où les listes électorales ne pourraient pas être établies à temps (Mouvements divers). Je déclare, en tout cas, que je voterai pour la participation immédiate des femmes aux premiers votes. 

M. Duclos. - J'appartiens à un département, le Var, qui a connu un sénateur qui a lutté pendant de nombreuses années en faveur du vote des femmes. Aussi je saisis l'occasion qui m'est offerte de faire triompher la proposition, étant certain d'autre part d'exprimer le vœu des conseillers généraux. Les arguments présentés contre le vote des femmes ne me semblent pas pertinents. Les femmes des prisonniers et de ceux qui sont morts pour la Patrie remplaceront leurs maris. Quant à l'équilibre électoral, il est aisé de répondre que l'équilibre de la Nation a été rétabli par les sacrifices et le courage des femmes.
On a soulevé les difficultés d'ordre pratique qui ne manqueraient pas d'apparaître lors de l'établissement des listes électorales. Ces difficultés sont exagérées ; il sera très facile de se référer en la matière aux cartes d'alimentation. On me dira peut-être que les résultats numériques que fourniront ces cartes ne seront pas parfaits. Peut-être en effet, y aura-t-il quelques fraudes, mais les listes électorales d'antan étaient-elles parfaites ? Je prétends qu'il est possible de réduire considérablement les tripotages. Par un travail consciencieux et un contrôle sévère on aboutira à un double résultat heureux : réprimer les fraudes et rendre possible le vote des femmes. 

M. le Président de la Commission. - Je n'aurais pas repris la parole si l'intervention de M. Poimbœuf n'avait pas remis en question l'article 15 précédemment voté. Nous constatons les inconvénients que peuvent présenter les amendements soulevés au cours des débats. Ils sèment la confusion dans la discussion.
Quant à l'amendement Grenier, s'il était adopté, il aboutirait en fait à retarder les élections (Mouvements). Je n'ai aucun amour-propre à défendre, j'ai voté au sein de la Commission en faveur du vote des femmes et j'ai accepté au nom de la Commission l'amendement Prigent, mais il me semble impossible de constituer les listes électorales dans les délais impartis.
Pour les hommes, il sera possible de retrouver les listes de recrutement. Cet élément n'existe pas pour les femmes.
On vous a parlé des cartes d'alimentation. Mais M. Duclos a admis que les listes établies sur cette base pourraient ne pas être très régulières, et en dépit de ses espoirs je crains que des tripotages ne puissent être évités. C'est pour écarter ce grave problème d'irrégularité que je propose de réserver le vote des femmes pour les élections subsidiaires. 

L'amendement Grenier est mis aux voix par scrutin public. 

A la majorité de 51 voix contre 16 sur 67 votants, l'amendement est adopté. 

Ont voté pour : MM. Antier, d'Astier de la Vigerie, Aubrac, Aurange, Auriol, Billoux, Blanc, Bonte, Bourgoin, Bouzanquet, Buisson, R. P. Carrière, Claudius, Costa, Croizat, Cuttoli, Darnal, Debiesse, Duclos, Evrard, Fayet, Ferrière, Froment, Gazier, Gervolino, Giovoni, Girot, Grenier, Marty, Mayoux, Mercier, Mistral, Moch, Muselli, Parent, Poimbœuf, Prigent, Pourtalet, Rencurel, Ribière, Tubert, Vallon, de Villèle. 

Bulletins 4, 6, 7, 9, 11, 13, 14, 15. 

Ont voté contre : MM. Astier, Azaïs, Bosman, Cassin, Dumesnil de Gramont, Francke, Gandelin, Giacobbi, Hauriou, Jean-Jacques, Laurent, Maillot, Rucart, Valentino, Viard. 

Bulletin 3. 

En congé ou excusés : MM. Boillot, Ely Manel Fall, Seignon, Zivarattinam. 

N'ont pas pris part au scrutin : MM. Bendjelloul, Bissagnet, de Boissoudy, Cot, Guérin, Guillery, Lapie, Morandat, Serda et M. Félix Gouin qui présidait la séance. 

Supplément au Journal Officiel de la République française du 30 mars 1944, pp. 2-3 et 8 (scrutin).
(*) Article 15 : « Dès que dans un département l'établissement des listes électorales sera terminé, et au plus tard dans les trois mois suivant la libération de ce département, le Préfet sera tenu de convoquer le Collège électoral pour procéder à l'élection des municipalités et d'un conseil général provisoire. » 

Bon anniversaire donc à toutes celles qui ont voté pour la première fois il y a 70 ans. 

Edit: ce billet programmé pour aujourd'hui a été publié par erreur le 21 mars dernier alors qu'il était incomplet...

vendredi 18 avril 2014

Toi aussi, dessine ta nouvelle carte de France

C'est le site des Décodeurs qui propose de se mettre deux secondes dans la peau d'un cartographe éclairé. 

Pendant que les chaînes d'info continue s'égosillent autour de la démission d'Aquilino Morelle et qu'elles sont en mal de contradicteurs à droite, je me suis prêtée au jeu de la décentralisation.

Et voilà le résultat:


Je ne suis pas mécontente de moi, je crois que ça tient la route et que c'est assez crédible. Mais j'avoue que je n'ai pas été très impartiale. J'ai agrandi la Région Centre a qui j'ai modestement attribué le nom de Grand Centre. C'est un peu mon fief et j'estime qu'il mérite mieux.

J'ai intégré la Mayenne dans la Bretagne, comme ça mes amis qui ont quitté Miniac-Morvan pour Beaulieu-sur-Oudon redeviennent bretons et je sais qu'ils en seront ravis.

Manuel, Marylise, si vous me lisez, je suis à votre disposition.