dimanche 27 décembre 2015

Ne sombrons pas dans la déchéance.

Entre les achats de Noël, la dinde, les huîtres et la bûche, nous sommes nombreux-ses à avoir réagi à l'annonce du Président de la République de vouloir déchoir de la nationalité française les binationaux nés français qui seraient reconnus coupables d'actes de terrorisme contre la France.

Ma première réaction a été plutôt fataliste. Je me suis dit qu'après tout, aux actes terroristes devait répondre une mesure exceptionnelle. Je crois aussi que, comme cette mesure avait été annoncée par François Hollande au Congrès de Versailles le 16 novembre, je n'étais pas surprise qu'elle soit maintenue. Pour faire court, je m'y attendais tellement que je n'ai absolument pas réagi.

Puis s'en sont suivis un battage médiatique et politique et des échanges musclés.

Déboussolée, je me suis demandé où était l'unanimisme du 16 novembre, où étaient les Français-e-s qui approuvaient cette mesure puisque les seul-e-s dont on relayait la parole était celles et ceux qui étaient farouchement opposé-e-s à cette mesure.

Le banquet de Noël terminé, il me reste malgré tout un arrière-goût indigeste.

Après deux Alka Seltzer et un verre d'Hepatoum, je suis convaincue que, dans le contexte actuel, inscrire une telle mesure dans la Constitution, n'apportera aucune réponse satisfaisante au terrorisme dont nous sommes les cibles sinon celle d'une division encore plus importante entre les Français, qu'ils soient nés français, étrangers ou auvergnats.

Par ailleurs, j'ai de sérieux doutes sur l'efficacité d'une telle mesure à l'encontre d'individus capables de se faire sauter n'importe où, n'importe quand. Que peut bien leur importer la déchéance de la nationalité quand ils n'ont pour seul objectif que de mettre à bas la République en massacrant ses citoyens ? Puisqu'ils n'ont plus rien à perdre, quel peut bien être l'intérêt d'inscrire une telle mesure dans la Constitution dès lors que, par la seule voie qu'ils ont choisie, ils ne sont déjà plus français depuis bien longtemps?

Et puis j'ai relu le discours de Grenoble de 2010. Le fameux discours de Nicolas Sarkozy dans lequel il annonçait sa volonté de déchoir de la nationalité française certains "français naturalisés depuis moins de dix ans condamnés pour meurtre ou tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique. [...] La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique."

Alors oui, je sais. On en est loin, très loin même puisqu'on parle aujourd'hui de terroristes. Nous sommes très loin des délits cités par Nicolas Sarkozy. Et pourtant... La mesure évoquée est la même et je la condamnais déjà en 2010.

Mais... Autant je suis convaincue de la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles pour condamner celles et ceux qui ont été, sont ou seront reconnus coupables d'actes de terrorisme, autant je suis convaincue que la déchéance de la nationalité n'est pas et ne sera jamais la solution.
  1.  Parce qu'elle divisera encore plus les Français-e-s selon leurs origines et quand on voit ce qui se passe depuis 4 jours en Corse, m'est avis que l'heure n'est pas à cliver encore davantage mais bien à unir et rassembler les Français, tous les Français d'où qu'ils viennent, face à la menace terroriste.
  2. Parce que, je l'ai déjà dit, au-delà de l'effet d'annonce spectaculaire d'une telle mesure, je suis persuadée que les premiers concernés s'en moquent comme de leur premier Coran d'être déchus de la nationalité française dès lors que leur seul objectif est de détruire notre République et de "mourir en martyr".
  3. Parce que, même si ce genre d'annonce peut donner une impression de fermeté et d'autorité, elle n'en garde pas moins un arrière-goût contraire aux valeurs de notre République : celui de catégoriser les Français-e-s en les exposant à des peines différentes selon qu'ils sont "de souche" (et j'emploie à dessein cette expression que je vomis) ou binationaux.
  4. Parce qu'une telle mesure n'aura pour seule vertu que celle d'être symbolique et sans aucune valeur punitive pour les coupables.
Enfin, ce dont je suis sûre, c'est que quand une certaine gauche dite bien pensante, super morale, super dans le vrai, super à gauche, vraiment de gauche, qui a raison sur tout, ose comparer Valls et Hollande à Pétain, à Laval,  en les traitant de fachos matin, midi et soir entre la dinde et les huîtres, elle est complètement à côté de la plaque, shootée au Point Godwin, et, par-dessus le marché, dans l'anachronisme le plus complet.

Du coup, si, comme moi, vous avez été désemparé, sans opinion ou perplexe après cette annonce, je vous invite à aller lire les copains... Qui ne sont pas tous-tes d'accord. C'est le principe du débat.
En ce qui me concerne, et vous l'aurez compris, c'est non.

mercredi 2 décembre 2015

Ma chère Marion, je vais t'apprendre la vie

Source
Ma chère Marion,

Permets-moi cette familiarité car, si j'avais été une vilaine "fille-mère inattentive", tu pourrais être ma fille. Tu ne m'en voudras donc pas de te traiter comme une gamine, une ignorante, une immature qui s'est perdue dans la cour des grands.... Dont certains ont parfois des attitudes de gamins, je te l'accorde, mais ce n'est pas une raison.

"Inattentive"... Oui... Tels sont les propos que tu as eu l'outrecuidance d'employer sur le Mouv' pour qualifier les femmes qui "tombent" enceintes comme on tombe de l'escalier ou de l'armoire, par accident.

Ma chère Marion, je vais t'apprendre la vie. Comme tu sembles être encore une ado prépubère, je vais t'expliquer que même avec un préservatif, même sous pilule, même en faisant attention (mais je t'expliquerai plus tard comment si tu souhaites des précisions), une femme peut "tomber" enceinte. C'est fou hein?

Et oui ma grande, le risque zéro n'existe pas. Quel dommage. Nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours. Oui je sais, c'est dur à entendre mais je me dois de t'ouvrir les yeux sur le monde qui t'entoure.

Même les femmes les plus attentives, les plus prudentes peuvent être enceintes, malgré elles. Et puis tu sais, il existe aussi des femmes qui n'ont pas le droit de prendre la pilule. Mais pire encore, il arrive parfois que le préservatif craque au mauvais endroit au mauvais moment.
Je te l'ai dit, le risque zéro n'existe pas.

Et non ma grande, un enfant inattendu n'est pas forcément un cadeau de Dieu, ce n'est pas non plus un signe du destin. Ça peut être un drame. Oui je sais, c'est moche. Et du coup, tu vois, ce drame ne peut pas, ne pourra jamais devenir confortable.
Je lis la déception dans tes yeux. Ne t'en fais pas, tu t'en remettras. 
 
Autrement dit, une IVG ne peut pas et ne sera jamais "de confort" comme tu te plais à le dire, comme ta tante avant toi et ton oncle plus récemment. On ne pratique pas une IVG comme on va au ciné ou à Eurodisney. Non ma grande. On ne va pas à Eurodisney tu vois. On va au planning familial, on est gênée, on a honte, on croise les doigts pour que le deuxième test de grossesse soit négatif, on a des suées, on regarde à tous les coins de rue pour vérifier qu'on ne croisera personne qu'on connaît au centre de PMI.
C'est ça la réalité.

D'ailleurs, tu sais, dans la vie, il existe aussi des brutes épaisses, des délinquants sexuels, des malades qui considèrent que les femmes ne sont là que pour assouvir leurs pulsions sexuelles. Et il arrive parfois que ces individus forcent les femmes à avoir des relations sexuelles avec eux. Ça s'appelle un viol. retiens bien ce mot ma grande parce qu'aujourd'hui en France, 33 viols sont déclarés chaque jour en France, soit 1 toutes les 40 minutes en moyenne. Et donc, tu te doutes bien que sur ces 33 viols quotidiens (minimum puisque c'est le résultat des plaintes), certaines victimes se retrouvent enceintes.

Bien malgré elles tu peux me croire.

Je t'invite ma grande à aller à la rencontre d'une de ces victimes, de la regarder dans les yeux et de lui dire que "non, ton IVG ne sera pas remboursée par l'Etat car c'est une affaire privée et que l'Etat n'a pas à s'en mêler et qu'elle n'avait qu'à être attentive".

En revanche, si tu n'es pas convaincue, qu'à cela ne tienne, allons plus loin soyons fous folles !

Je t'invite à aller encore plus loin dans ton raisonnement de jeune fille immature et irresponsable : puisque tu es convaincue que l'Etat n'a pas à rembourser les IVG qui relèvent du domaine privé, je te propose qu'on supprime également toutes les subventions aux associations qui viennent en aide aux malades atteints du VIH, car finalement ils n'ont qu'à faire gaffe et être attentifs, je te propose qu'on arrête de distribuer des préservatifs dans les lieux publics, et qu'on arrête de rembourser la pilule aussi tiens, tant qu'on y est. 

Ma chère Marion, je ne te souhaite pas d'être enceinte malgré toi. Parce que je ne le souhaiterais jamais à qui que ce soit, même pas à ma pire ennemie. En revanche, si cela t'arrivait, et bien je trouverais normal que l'Etat soit là pour t'accompagner dans tes démarches afin que l'avortement auquel tu auras recours soit le moins douloureux possible, dans tous les sens du termes.

Et quand bien même il ne serait pas trop douloureux, tu dois néanmoins garder à l'esprit qu'il ne sera jamais "confortable".

En revanche, permets-moi de te souhaiter une raclée électorale.
Permets-moi de rêver que tu te prennes un retour de boomerang en plein dans la tronche.
Permets-moi de rêver que tu te fracasses politiquement contre un mur.
Permets-mois de nourrir l'espoir que tu paies, d'une façon ou d'une autre, les propos scandaleux que tu viens de tenir à l'encontre des femmes.

Et si j'osais, je te demanderais de me permettre de te traiter de dangereuse connasse, mais je crains que tu ne refuses. Alors je n'oserais pas. Parce que je suis bien élevée.

Et sinon, tiens-moi au courant le jour où tu seras "inattentive"... Qu'on rigole. 

A moins que tu ne sois chaste... Ou frigide... J'avoue que la question m'a traversé l'esprit. 

Pour l'égalité femmes-hommes, mon choix est fait. Ce sera Barto.


http://www.uneiledefrancehumaine.fr/projet/egalite-republicaine/

A moins que tu ne vives sur Mars ou Pluton, tu n'es pas sans savoir que ce week-end, nous votons pour les Régionales. Autant je pouvais concevoir le scepticisme des électeurs et des électrices pendant les Départementales puisque les départements (sur le plan administratif) ont vocation à disparaître, autant je ne conçois pas très bien qu'on ne s'intéresse pas aux compétences de la Région et qu'on préfère avoir poney ou piscine dimanche prochain.

Sur les réseaux sociaux, on flirte avec l'hystérie sondagière, on relaie à tour de bras les propositions nauséabondes du FN, non parce qu'on les cautionne, mais parce qu'on les dénonce. Et en échange, on se prend le retour du boomerang en mode "arrêtez ! Vous leur faites de la pub". Vaste débat. Si on n'en parle, ça leur fait de la pub. Si on n'en parle pas, on banalise. Donc je ne reviendrai pas sur les propositions de Marion Maréchal-Le Pen qui envisage de supprimer les subventions aux plannings familiaux si elle est élue.

En Île-de-France, côté droite dite "républicaine", on a Valérie Pécresse qui fait le grand écart entre la modérée Chantal Jouanno - qu'on n'entend plus guère d'ailleurs sinon pour déconner avec Stéphane Beaudet, tête de liste LR dans l'Essonne - et les militants de la Manif Pour Tous dont certains sont carrément candidats.

Côté droite dite "souverainiste", on a Nicolas Dupont-Aignan qui veut refiler toute sa réserve parlementaire aux forces de l'ordre pour les équiper de gilet pare-balle ou rouvrir de bagne de Cayenne pour les djihadistes, sans parler de ses propositions pour les Régionales qui se résument à peu près à ça : plus de pouvoir pour les automobilistes, plus de routes et moins de péages. Le train-train quoi. C'est le cas de le dire. Sans parler du fait que puisqu'il est déjà député et maire, il ne pourra pas être Président de  Région... Mais comme il ne gagnera pas, passons.

Bref. Pour gagner du temps, tu peux cliquer ici pour comparer les programmes de tous-tes les candidat-e-s de France. 

En ce qui me concerne, comme je suis une indécrottable féministe, je me suis intéressée quelques instants aux propositions de Valérie Pécresse et Claude Bartolone en matière d'égalité femmes-hommes.

Côté droite dite "républicaine", on peut lire page 22 du programme de Valérie Pécresse :
"Tous ceux qui prétendent à une subvention de la Région signeront une Charte par laquelle ils s'engagent à partager et mettre en œuvre les valeurs de notre République dont la laïcité et l'égalité homme-femme. Toute entorse à cette règle conduira à la suppression de cette subvention."
Louable intention. Ça ne mange pas de pain.

Sauf que...

En page 4 de son tract intitulé "Halte au gaspillage ! Pour une meilleure gestion", on peut lire ça:
"En finir avec le clientélisme et l'opacité.
Les subventions de la gauche que nous ne reconduirons pas:
Plusieurs dizaines de millier d'euros pour promouvoir la théorie du genre"
Outre le fait que la "théorie du genre" n'existe pas - mais ça, visiblement, ça dépasse Madame Pécresse - on est quand même en droit de se demander ce que deviendront - exemples parmi tant d'autres d'organismes créés et gérés par la Région Île-de-France - l'Institut Emilie du Châtelet (sans lequel je n'aurais tout simplement pas pu mener à terme mon doctorat d'histoire) et le Centre Hubertine Auclert qui, contrairement à Madame Pécresse, ont parfaitement intégré l'idée que les gender studies sont indissociables des droits des femmes et de la lutte en faveur de l'égalité femmes-hommes. 

Cela dit, venant de Valérie Pécresse qui considère que seules les femmes sont les plus aptes à faire le ménage, plus rien ne m'étonne. Sans compter ses exhibitions malheureuses aux côtés des réaco-conservateurs de la Manif Pour Tous avec lesquels elle a passé l'après-midi du 28 novembre dernier, accompagnée de Walleyrand de Saint-Just et de Nicolas Dupont-Aignan.

Du côté de Claude Bartolone, en revanche, c'est clair, net et précis. 
"Les droits des femmes seront grande cause régionale. Nous devons porter l’égalité partout. Les discriminations sont bien plus nombreuses et plus ordinaires qu’on ne le croit. Afin d’assurer le suivi de la politique de lutte contre les discriminations, une vice-présidente régionale aux Droits de femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes sera instituée. 
La Région fera inscrire sur le Pass Navigo et dans les rames de métro et de RER, le numéro d’urgence (appel et SMS) pour toute agression ou agissement sexiste."



2 lignes dans le projet de Valérie Pécresse. Plusieurs pages dans celui de Claude Bartolone.

CQFD.