samedi 26 mars 2016

Carnet de voyage: départ pour le S.T.O

André CoubardIl y a quelques mois, j'ai perdu mon grand-père. Et depuis plusieurs mois, je plonge dans les papiers de famille, les souvenirs, les photographies. Entre deux cartons et tris de ses effets personnels, je suis tombée sur un petit carnet bien abîmé dont les premières pages sont noircies par son écriture que je reconnaitrais entre mille.

A l'intérieur du carnet, j'ai trouvé sa carte de déporté du travail, consciencieusement timbrée chaque année. Et je dois avouer que je ne savais même pas qu'une telle carte existait, tant les travailleurs du STO ont souvent été vus comme des planqués volontaires. Ce que mon grand-père ne cessait jamais de dénoncer : 
"Que voulais-tu que je fasse? On n'avait pas le choix, il fallait partir."
Si j'en crois ce que j'ai trouvé, mon grand-père a fait la demande de cette carte pour la première fois en 1952, soit 7 ans après sa mise en place.

André Coubard
Seules les premières pages sont remplies. Elles racontent son voyage jusqu'en Allemagne. Puis plus rien. J'imagine qu'il aurait voulu écrire chaque jour dans ce carnet mais que, faute de temps, faute d'envie, faute de courage, seuls les 5 premiers jours y sont racontés. 

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai décidé de partager son contenu ici... Mais qu'importe la raison.

---

Déportation pour le Grd R [Grand Reich]
 
Partis de Tours le jeudi 18 mars [1943] à 14h en compagnie de H*** (Huard ?), P***, L*** (Legay ?), R*** (Raullières ?) (C*** à Savonnières) et du charcutier de Druye. 
Voyage sans histoire dans de beaux wagons du P.O [Paris-Orléans].
Arrivée à la Gare d’Austerlitz à Paris à 18h30. 
Réquisition d’un chariot pour le transport des bagages. 
Nous stationnons sur la Place devant la Gare et à 20h, des cars nous transportent à la Gare de l’Est. Pendant la traversée de Paris, chants de toutes sortes. A la Gare de l’Est, en voiture, nous griffonnons des lettres pour annoncer le départ vers le Gd R. à nos parents. En passant sur le quai, rassemblement et appel. Nous nous transportons sur le quai où un train spécial nous attend. Nous nous casons dans un wagon où il y a un volontaire pour Kiel [nord de l’Allemagne].
Avant le départ, distribution d’un saucisson et d’un pain et départ à 21h via Nancy. Noisy-le-Sec, Châlons-sur-Marne, Reims puis Nancy. Arrêts en cours de route. Il y a des wagons qui chauffent. Saarburg, Deux Ponts. Passage de la frontière et contrôle dans les wagons. Sarrebruck, Sandau. 
Arrivée à 14h, toilette, nous touchons un pain, saucisson et café. Nous changeons notre argent.
Départ vers 18h via Francfort où nous arrivons vers minuit. Là, nous descendons et on nous emmène dans la salle d’attente où nous touchons 2 sandwiches et du thé. Nous sommes noyés au milieu des bagages et nous dormons parterre comme nous pouvons. 
Réveil à 3h30 du matin, on nous met en rang et nous restons debout jusqu’à 5h où nous prenons le train via Leipzig, submergés de bagages. 
Arrivée à Leipzig à 15h le vendredi 19 mars. On nous loge dans un restaurant qui sert de camp de triage. Là, nous sommes un peu ravitaillés et nous passons la nuit dans 2 salles au milieu des bagages. Le lendemain, réveil à 7h et toilettes. 
En attendant l’appel, nous jouons aux cartes. A 14h, appel pour le triage (samedi 20 mars). Huard le 1er est appelé et il nous quitte en compagnie du charcutier de Druyes. Ensuite, c’est P*** qui est appelé, Legay, C***, Raullières. 
Nous sommes des copains qui seront réunis pour aller dans le même coin. 
En attendant le départ, nous retrouvons Métivier (commis à Bigre) et son cousin Pra***. 
Départ du camp à 19h via Wittenberg par train. Nous traversons Leipzig (ville magnifique). Nous changeons de gare et nous prenons le train pour Bitterfeld où nous arrivons à 17h le soir, direction Wittenberg.
Nous changeons de train et là, à la gare, nous trouvons un Français qui nous dit que, dans le coin, il n’y a que poudrières et usines d’aviation (désillusion, adieu les bifteaks). 
Après plusieurs arrêts, nous arrivons au terme de notre étape Coswig. 
(Dimanche 22 mars) Il est 11h du soir. A la gare, récupération des bagages et en route à pied pour le camp. Il nous tarde d’arriver car nous sommes à plat. Et le long de la route, il y a des trainards car les valises sont lourdes.
En cours de route, le chef qui nous accompagne nous fait un speech en allemand. Nous comprenons Mix Arbeit Mix Manger [ Il faut travailler pour manger], nous avons compris. 
A 1h du matin, arrivée au camp où on nous loge dans une baraque. Nous sommes par chambre de 12 et nous avons la chance d’être tous ensemble. P***, L***, R***, M***, T***, R*** (boucher à Amboise). 
Et avec nous, il y a 5 Bordelais. Nous allons à la cantine où nous touchons de la soupe, des confitures et du pain. Ensuite on nous rassemble et le chef du camp (lagerfürher) nous fait un discours où il nous dit qu’il faut de la discipline et nous dit que quand nous rencontrons un chef du camp, il faut le saluer en levant le bras avant et en disant Heil Hitler (désillution).
Au magasin du camp, nous touchons 3 couvertures, 1 drap, 1 couvert, 1 tasse, 1 dessus de lit, 1 taie d’oreiller (toute perte équivaut à 1 Mark d’amende). A 1h du matin, nous retournons dans notre chambre et nous faisons notre lit. Sitôt au lit, sitôt endormis car nous sommes fatigués. 
Réveil le lendemain matin à 8h.
(Lundi 23) 8h réveil. Café. Un peu d’ordre dans nos affaires et nettoyage de la chambre. A 10h, on nous rassemble et nous allons à une usine qui est située auprès du camp nous faire photographier afin de nous établir des ausweiss. Ensuite, nous partons tous à l’usine qui sera notre lieu de travail (usine vaste et où l’on fait tout ce qui se rapporte à la poudre). 
Là, nous sommes dans un bureau où l’on nous demande des renseignements pour les ausweiss. Nous touchons chacun un petit papier sur lequel il y a quelques lettres, c’est la désignation du lieu de notre boulot. 
Nous touchons nos ausweiss. Ensuite on nous emmène au magasin où nous touchons un bleu, 1 bonnet, 1 paire de gants et 1 paire de savates. Ensuite on nous dirige vers le lieu de boulot où, demain, nous viendrons à notre tour. Là, on nous laisse avec un ouvrier afin de voir le boulot qu’il fait et à 4h, nous quittons l’usine pour rentrer au camp.
Le lendemain, boulot de 2h à 10h. Je travaille avec un Belge. Je suis à une presse et, de temps en temps, il y a feu d’artifice. 15 jours après je suis changé, je travaille avec un Russe. 15 jours après, je suis seul pendant 3 semaines. Et après, on me change, je suis au ravitaillement des presses.

---

Mon grand-père est resté au STO du 18 mars 1943 au 25 mai 1945. Il nous en parlait souvent. La seule chose qu'il a consignée quotidiennement dans ce carnet, ce sont la date et le nombre de lettres qu'il a reçues de ma grand-mère : 163. Ils se sont mariés en septembre 1945.

André Coubard

lundi 21 mars 2016

On cherche maintenant Jacques Cheminade...

... Et la boucle sera bouclée : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan... Ne manque plus que Jacques Cheminade.
Cela dit, s'il est en villégiature sur Mars, soyons patients. 
Tout vient à point à qui sait attendre.


Pardon, j'ai oublié Jean Lassalle, Bastien Faudot, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Paul Mumbach. Toutes mes confuses.

jeudi 17 mars 2016

Rions un peu avec Nicolas Dupont-Aignan !

Je sais... Vous allez encore dire que je fais une fixette, que sorti de ce blog, et sorti de Yerres, Nicolas Dupont-Aignan n'est rien... Mais que voulez-vous... Je vis à Yerres.

Cela dit, vous n'aurez pas tort. Au-delà de Yerres, c'est le néant dupontiste. Car n'oublions pas qu'en 2012, seuls les Yerrois-es ont été capables d'élire Nicolas Dupont-Aignan Président de la République, dès le 1er tour.

L'avantage au moins, c'est que sorti de Yerres, il nous fait bien rire.

C'est déjà ça.

Donc, je partage ici les quelques sorties médiatiques qui, depuis qu'il a annoncé avec tambours et trompettes qu'il était candidat pour 2017, m'ont bien  fait rire.
Le billet de Charline Vanhoenacker, ce matin sur France Inter
"Debout la France quoi, merde !
Nicolas Dupont-Aignan a le profil idéal pour renouveler la vie politique.
Il est maire depuis 21 ans, député depuis 18 ans et son assistante parlementaire, c’est sa femme.
Cet homme a dons toutes les qualités requises. D’autant qu’il veut faire de la politique autrement en misant tout sur la Présidentielle de 2017 et ça, personne d’autre n’y avait pensé avant.
Nicolas Dupont-Aignan dirige le mouvement Debout la France et il publie France, lève-toi et marche ! C’est curieux cette obsession de la verticalité… Ça doit être le genre de type qui, en vacances, est debout avant tout le monde et se charge de programmer les activités, alors que toi, tu veux juste t’affaler dans un hamac. Alors que, debout la France quoi, merde !
Alors, je vous donne ses priorités dans l’ordre : les Français, la justice et les animaux. Oui, dans l’ordre, parce que le désordre, c’est pas trop son truc. Il l’a dit d’ailleurs, il veut être le président de l’ordre. Sauf qu’il a pas encore précisé lequel : est-ce que ce sera l’ordre des médecins, des avocats, des experts comptables ou des Templiers ? On ne sait pas.
Mais lui, il veut l’ordre juste. Ouf ! On n’est pas passé loin de l’ordre nouveau.
Parce que Nicolas Dupont-Aignan, c’est l’extrême-droite light, l’autoritarisme mou. Ou si vous préférez, le racisme poli.
Debout la France est au FN ce qu’un physionomiste est à un vigile : ta mission, c’est de refuser du monde mais c’est pas toi qui frappe.
D’ailleurs, il faudrait trouver un qualificatif qui différencie son parti de l’extrême-droite. Je propose « tout au bord à droite » par exemple.
D’ailleurs, la seule chance de Nicolas Dupont-Aignan, c’est que Marine Le Pen chute à nouveau dans sa piscine vide.
Nicolas Dupont-Aignan veut aussi un doublement des places de prison. Et là, on voit qu’il en veut vraiment très fort aux Républicains. Et pourtant, Sarkozy peut lui dire merci : grâce à Dupont-Aignan, il existe un Nicolas plus ridicule que lui et, ces temps-ci, c’était pas gagné.
Dupont-Aignan a déclaré : « Je serai au 2nd tour ». Il a oublié de préciser « devant ma télé », comme tout le monde. Alors, ah oui je sais, c’est un peu dur… Allez, il a toutes les chances d’arriver au 2nd tour de la Présidentielle : la Présidentielle de 1965.
Et puis il a des solutions pour le terrorisme. Il veut envoyer les djihadistes potentiels aux Îles Kerguelen. Et pour résorber le chômage, je pense qu’il prévoit de l’envoyer sur Mars. Et puis s’il est élu, il a promis d’augmenter les salaires de 10%, de rendre la vue aux aveugles, et de marcher sur l’eau.
Mais ça, c’est juste dans le petit bassin.

Celui de Vincent Dedienne, toujours ce matin et toujours sur France Inter


Et enfin, Le Petit Journal, en immersion au local de campagne de NDA2017

mercredi 16 mars 2016

Auteuil, Neuilly, Passy, tel est notre ghetto


Il est des quartiers qu'on a coutume de montrer du doigt comme étant des zones où la République n'a plus droit de cité, voire carrément des fantasmagoriques No Go Zones à la sauce Fox News. Banlieues, quartiers populaires, où le chômage explose et où les les jeunes traînent la savate en bas des immeubles... 

Et pourtant, il est un quartier où la République recule doucement mais sûrement, un quartier qui vit en vase clos, dans un entre soi feutré et clinquant à la fois, au rythme du claquement des mocassins à glands sur le pavé : ce bon vieux 16ème arrondissement de Paris.

Il est des quartiers, comme le 16ème arrondissement, où on s'assied confortablement sur la Loi SRU qui exige 25% de logements sociaux, et qui vise non seulement à répondre au manque de logements dans la Région mais également à favoriser la mixité sociale.
"Diantre ! La mixité sociale ! Marie-Thé, quelle horreur ! On ne va quand même se mélanger avec les gueux et les barbares !"
Telle est, en substance, la réaction que certains habitants du 16e ont eue pendant la réunion publique de lundi soir au cours de laquelle a été abordée la question de la construction d'un foyer d'urgence près du Bois de Boulogne, pouvant accueillir (seulement) 200 personnes.

Donc oui. Il est des quartiers où la République recule.

Ou plutôt, il existe des quartiers où la République est chassée à coups de sacs à main en croco et où les hooligans ne se cachent pas derrière un keffieh ou une cagoule mais derrière un Carré Hermès.

Il existe bel et bien une racaille des beaux quartiers qui brandit les valeurs de la République quand ça l'arrange, et qui a fait de la solidarité une variable d'ajustement.
 "Solidaires oui, mais entre nous ou loin de chez nous."
Par ailleurs, je me pose une question : ne sont-ce pas les mêmes qui vociféraient contre l'accueil des réfugiés, soi disant mieux traités que "nos SDF" ?


dimanche 6 mars 2016

La journée de LA femme n'existe pas

En 2013, je publiais un billet dans lequel j'expliquais pourquoi on ne dit pas "Journée de LA Femme" pour le 8 mars.
Aujourd'hui, rebelote. A J - 2 de ladite journée, force est de constater que c'est encore un festival de joyeusetés et de libertés sémantiques qui révèlent, certes, de (parfois) louables intentions, mais également une espèce que je m'en foutisme du pourquoi du comment le 8 mars est, non pas la journée de LA femme, mais la journée internationale pour les droits des femmes.

Car non, le 8 mars, on ne célèbre pas LA femme, on ne rend pas hommage à LA femme, ce n'est pas non plus SA journée.

On ne rend pas hommage à son talent naturel pour entretenir sa féminité, ni à sa dextérité innée pour les tâches ménagères, ni à son goût immodéré pour les fleurs et autres futilités superficielles.

Tout comme la France peine à traduire correctement le mot gender, il semble qu'elle ait également quelques soucis de traduction pour International Women's Day Rights... qui, sauf erreur de ma part, ne se traduit pas par un singulier, et encore moins par "Journée de la femme". Expression dans laquelle les femmes deviennent un archétype et où les droits passent à la trappe.

Pourtant, quand l'ONU a adopté la résolution 32/142 en 1977, le premier mot de cette résolution, est bien Women (et non pas woman).  


Et quand elle invite tous les pays du monde à proclamer un jour de l'année comme la journée des Nations Unies pour les droits des femmes et la paix internationale, c'est encore le mot Women qu'elle emploie.

Alors oui, ça fait une légère différence. Parce que quand on décide de transformer la "journée internationale pour les droits des femmes" en "journée de LA femme", c'est une entité singulière qu'on met en avant, avec tout ce qu'elle draine dans son sillage de préjugés, de clichés, de soi-disant vertus naturelles et talents innés.

Et c'est ainsi que, dans certaines villes, comme à Courcouronnes, on se retrouve avec des manifestations telles que : ateliers maquillage, cours d'art floral, pédicure, manucure, massage voire, comme à Angoulême : un concours de repassage.

Où sont donc passés les droits des femmes ? In the kitchen ? Avec Brian ?

Alors tant qu'on continuera à galvauder cette journée, ignorer ses origines, occulter ses objectifs et déformer son appellation, on assistera, chaque année, ici ou là, à des manifestations toutes plus sexistes et réductrices les unes que les autres.

Les mots ont un sens, le pluriel et le singulier aussi.